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Maurepas au cœur Maurepas au cœur

Maurepas au cœur

Par des étudiant·es en journalisme de l'IEP de Rennes

Au Secours Populaire, la solidarité entre précaires


L’antenne du Secours Populaire de Maurepas distribue chaque mois des paniers repas à plus de 3600 personnes, dont 80 % sont issues de l’immigration. Parmi ces accueillis, beaucoup sont des femmes qui se soutiennent entre-elles et s’engagent comme bénévoles au sein de l’association.


Un paquet de pâtes, une boîte de haricots verts en conserve, une brique de lait. Fatima Ali Assane choisit consciencieusement les produits dans les rayons et les ajoutent à la cagette bleue posée sur la table. En face d’elle, au centre du local du Secours Populaire de Maurepas, une femme vient chercher son panier repas.

« Elle a trois enfants, elle a donc le droit a un produit de chaque », explique la bénévole. Affichée au mur, une grille référence chaque denrée distribuée par l’association et indique les quantités à donner aux accueillis en fonction de la taille de leur famille. Fatima Ali Assane ne la consulte pas, ou très peu. « Je viens toutes les semaines, à force je retiens», raconte-elle fièrement.

La petite femme vigoureuse et joviale a rejoint l’antenne du Secours Populaire de Maurepas en octobre dernier. Un engagement nécessaire pour obtenir certaines aides de la Caf (Caisse d'allocation familiale) conditionnées à une activité professionnelle. « Je n’ai pas de papiers et je suis malade, je ne peux pas travailler », explique-t-elle, tout en attrapant un paquet de farine.

Au Secours Populaire, la solidarité entre précaires
A 57 ans, elle est arrivée en France en 2019 et s’est directement installée dans le quartier. « Je vivais à Mayotte, mais ma fille était malade et je ne pouvais pas la soigner. » Ici avec ses trois enfants et sans revenu, Fatima a découvert le Secours Populaire car elle bénéficiait de leur aide.

Une aide nécessaire

Sur les 1200 familles accueillies au Secours Populaire de Maurepas, 80 % d’entre-elles sont d’origine étrangère. Deux-tiers des personnes n’ont d’ailleurs pas de titre de séjour, ce qui complique leur accès à des aides financières institutionnelles. « Beaucoup de nos visiteurs sont en marge de la société», explique Patrick Pierre, retraité et bénévole. « La plupart d’entre-eux vivent avec moins de deux euros par jour. »   

Pour leur venir en aide, l’association leur propose des cours de français ou de l’accompagnement pour leurs démarches administratives. Depuis l'ouverture en janvier 2020 et encore plus ces derniers mois à cause de l’inflation, l’aide alimentaire est leur action principale.  Une fois par mois, les familles peuvent venir chercher un panier composé de fruits et légumes,  conserves, féculents, œufs, viandes, produits laitiers, ainsi que de quelques produits d’hygiènes. « Tout dépend de ce que nous donnent les magasins et des préférences des personnes », explique Fatima.

Les bénévoles ramassent tous les matins les invendus des supermarchés ou y organisent des collectes le week-end, afin de pouvoir distribuer ces denrées aux accueillis. Ils sont une quarantaine à se relayer régulièrement pour aider et parmi eux, plus de la moitié sont des femmes sans papiers. « Elles viennent car elles ne peuvent pas travailler et s’ennuient, ou bien parce qu’elles veulent aider », raconte Patrick. « C’est aussi un moyen de s’engager, valorisable pour leur demande de papiers. »

Au Secours Populaire, la solidarité entre précaires
Des bénévoles solidaires

Installée à son stand au pied des caisses du Super U de Grand Quartier, gilet bleu du Secours Populaire sur le dos, Elsafa Salah récupère les dons des clients. Le sourire aux lèvres, elle les remercie et range dynamiquement les produits par catégorie.  « Il y a du monde le samedi, ça marche bien ! » se félicite-t-elle. Ce matin ils sont six bénévoles présents pour la collecte, dont trois femmes d’origine étrangère. La veille au soir, certains d’entre-eux ont préparé des sachets de produits de 5, 7 et 10 euros, que les gens peuvent acheter pour l’association. « Grâce à cette organisation, on récolte les produits dont on a le plus besoin », explique Elsafa.

Vivant à Maurepas depuis un an et demi avec ses trois enfants, la quarantenaire y apprécie les lieux de convivialité et l’esprit de solidarité qui y règne : « On a le GPAS (groupe de pédagogie et d'animation social) , le PAM (Pôle associatif Marbaudais) la bibliothèque pour les enfants… tout est à deux pas de chez nous, c’est super ! » Elle s’est engagée au Secours Populaire dès son arrivée dans le quartier. « J’ai quitté l’Arabie-Saoudite car je ne pouvais plus y travailler à cause de mes problèmes de santé. Ici, le Secours Populaire m’a beaucoup aidée... On me donne, je donne aussi ! » s’exclame-t-elle.
 
"Les gens aiment bien ma cuisine"

A l’entrée du supermarché, Ali Nassur et Zoubeda distribuent des flyers pour informer les clients de la collecte. Toutes les deux sont originaires de Mayotte, la première n’habite pas Maurepas et Zoubeda s’y est installée en 2018. Vivant seule avec ses trois enfants, elle aussi a d’abord été accueillie par le Secours Populaire avant de s’y investir.

Aujourd’hui présente au Super U, Zoubeda participe également aux ateliers cuisine trimestriels organisés par l’association. « Dans le quartier, les gens aiment bien ma cuisine », explique-t-elle. « Les gens me commandent des samoussas et j’en offre aussi au GPAS. » Pour la première fois, c’est elle qui animera le prochain atelier du Secours Populaire et y présentera ses recettes. Zoubeda est ravie : « Je cuisine depuis que je suis toute petite avec ma grand-mère, j’adore ça. J’aimerai beaucoup faire une formation pour apprendre la cuisine française ! » Elle marque une pause, rigole et ajoute : « Je veux trouver du travail, je n’aime pas rester à rien faire. Le Secours Populaire est très bien pour cela ! »

Camille Margerit





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