3 Mars 2022


Colocataires et résidents, comment améliorer la cohabitation


« Créer de la convivialité avec les résidents et au sein du conseil syndical » . Tous admettent que c'est un atout. Hélène Coppeaux, Maryvonne Lécluze, Michel Bouvier, Yves Diverrès (de gauche à droite)

20220303 Colocataires et résidents....mp3  (5.23 Mo)

L'Arvor est une résidence de 117 appartements, boulevard d’Anjou. Dans cette copropriété, quatre membres ou anciens membres du conseil syndical témoignent de leurs initiatives pour faciliter la cohabitation entre locataires, étudiants et propriétaires résidents.

Yves Diverrès : « Nous avons proposé de rencontrer les étudiants sous prétexte de réaliser une étiquette pour leur boîte aux lettres »
Leur principe : créer de la convivialité avec les résidents et au sein du conseil syndical. « Tous les ans, fin septembre, je fais l'accueil des nouveaux locataires, dans le hall de chaque immeuble », note Maryvonne Lécluze, présidente du conseil syndical. Yves Diverrès, ancien membre du conseil précise combien ces rencontres sont essentielles : « Nous avons  proposé de rencontrer les étudiants sous prétexte de réaliser une étiquette pour leur boîte aux lettres ». C'est plus difficile maintenant avec la crise sanitaire, les assemblées générales se font à distance. Et de plus en plus de propriétaires n'habitent pas sur place.

La plupart possèdent un seul appartement et le gère en direct. « On ne connaît pas toujours les nouveaux propriétaires ». Ils estiment ces investisseurs à 3/4 des 117 appartements de la résidence. « Il y a quelques familles résidentes, mais ce sont de plus en plus des colocataires, surtout dans les T5. Et les colocations se développent aussi dans des logements plus petits ». Les mentalités changent, pourtant « Les colocataires n'ont pas tous mauvais esprit. Un seul meneur suffit pour créer des problèmes ».

Les immeubles sont anciens et les bruits se propagent à la verticale : « Notre résidence date des années 70, elle n'est pas isolée phonétiquement». Dès le début, il y a eu des problèmes de bruit : « La descente des volets était bruyante, surtout la nuit. Les enfants bougent et courent avec parfois une gêne pour les voisins de l'étage en dessous ». Une note du conseil syndical a invité à faire attention  aux nuisances sonores. Beaucoup de chambres ont peu à peu été équipées de moquette. Mais aujourd'hui « des parquets flottants ont été posés peu à peu dans les appartements : ils font caisse de résonance », précise Hélène Coppeaux.

Plusieurs résidents sont gênés, mais Hélène Coppeaux est la seule à s'en plaindre.
Se rencontrer
 
Pour réduire les nuisances sonores, la première solution est de rencontrer ceux qui font du bruit. Le plus souvent des jeunes, étudiants et travailleurs... Le Conseil syndical teste une fonction de « référent ». A terme, leur souhait serait un référent pour chacun des sept escaliers, reconnu par tous les bailleurs. Hélène Coppeaux, résidente propriétaire depuis 16 ans, assure un relais dans son escalier : elle va voir les personnes bruyantes quand elle ne peut pas dormir la nuit, parfois jusqu'à 5h du matin : dans le meilleur des cas, la réponse  est «on va essayer» : ça marche cette nuit là ! Mais quelques jours ou semaines  plus tard la fête recommence. « Ils ne comprennent pas que le bruit se propage deux étages en dessous».

Hélène Coppeaux est, au mieux, considérée comme une enquiquineuse. Plusieurs résidents sont gênés, mais elle est la seule à s'en plaindre. Alors, peut-être faudrait-il y aller à deux, envisagent-ils : Hélène sera désormais accompagnée de Michel Bouvier, membre du Conseil syndical. Une affichette sur les nuisances de voisinage a été déchirée. Heureusement ces comportements sont minoritaires : un ou deux par escalier sur sept étages. «nMême des étudiants partent, car il y a trop de bruit ». Quand le bail est conclu directement entre le propriétaire et les locataires « ça se passe bien ».

Maryvonne Lécluze, présidente du conseil syndical : « Tous les ans, fin septembre, je fais l'accueil des nouveaux locataires, dans le hall de chaque immeuble »
C'est compliqué de porter plainte
 
Une rencontre avec des représentants de la Ville de Rennes, dont l'élu délégué du quartier, Christophe Fouillère et le syndic Ty Cop les a déçus. « Notre intention était de désigner un référent reconnu par le syndic  et la Ville : une formation aurait été utile pour les candidats référents, mais il n'y a pas eu de suite et pourtant nous sommes une copropriété très vivante ». Lors de cette rencontre la question des colocations a aussi été abordée.

Bien sûr, il y a la solution classique face à la mauvaise volonté des colocataires : téléphoner à la police. Mais  les policiers  n'ont pas les moyens d'intervenir, à cause de trop faibles effectifs. Même si aujourd'hui, il y a un policier référent sur Villejean. Autre solution,  porter plainte, mais c'est sans suite ! Ils citent aussi ces locataires convoqués par la police dans un autre immeuble : « ça les a calmés un temps ». Car pour expulser des locataires trop bruyants, « il faut d’abord  une plainte , puis un constat de police,  suivis éventuellement d’une procédure judiciaire ». Ce processus prend du temps.

L'augmentation de la proportion d'étudiants entraîne des conséquences sur la vie du quartier souligne Michel Bouvier : « par exemple, moins de familles c'est moins d'élèves dans les écoles.»
S'adresser aux propriétaires bailleurs
 
Un courrier a été adressé aux propriétaires bailleurs de l'une des cages d'escalier. Pour se donner des arguments, ils pourraient noter  les nuisances sonores dans le règlement intérieur, mais aussi  dans le procès verbal d'assemblée générale, ou dans les contrats de location. Dans une copropriété voisine, une assemblée générale a voté la possibilité de  porter plainte : cette décision a eu un effet sur les propriétaires bailleurs.

La colocation est intéressante pour le propriétaire : « Dans un T5, quatre chambres à 400€, par exemple. Aucune famille ne peut payer un tel loyer », souligne Michel Bouvier. Progressivement l'immeuble est occupé par des colocataires. L'impuissance politique face à ces changements de destination des logements révolte nos interlocuteurs : « Nous ne voulons pas habiter une résidence universitaire ». Cette situation a des conséquences pour tous les résidents et aussi au niveau du quartier, constate Michel Bouvier : « Par exemple, moins de familles, c'est moins d'élèves dans les écoles.»

Jean-François Bourblanc

La résidence Arvor, Bd d'Anjou, compte 117 appartements.