Demain, on change

23/03/2020

Tribune dans Le Monde : « Après le confinement, il nous faudra entrer en résistance climatique ! »


Pour tenir l’objectif de neutralité carbone en 2050, un collectif de personnalités appelle, dans une tribune au « Monde », publiée le 19 mars, à s’engager collectivement et individuellement dans une décroissance énergétique mondiale transformant nos vies et nos sociétés. Ont répondu à l’appel de Résistance Climatique, Cyril Dion, Pablo Servigne, Marie Toussaint, Yann Arthus-Bertrand, Maxime de Rostolan, Agnès Sinai, Dominique Bourg, Aurélien Barrau, Bruno Latour et beaucoup d'autres... Découvrez le texte de cette tribune.



« Depuis deux ans, les mobilisations pour le climat se multiplient sans être écoutées. La crise du coronavirus vient démontrer à tous qu’une bascule rapide est possible et ne nécessite que deux choses fondamentales : de la volonté politique et du volontarisme citoyen. Afin d’y forcer nos dirigeants sans attendre, après le confinement, nous devons adopter une stratégie plus ambitieuse. Il ne nous faudra pas revenir à la normale mais entrer en résistance climatique. Nous partons de l’idée qu’il est possible de maintenir une vie digne et heureuse sur Terre. Nous nous battons contre ce qui détruit le vivant. Nous agissons pour ce qui le préserve. Pour cela, suivant les recommandations scientifiques sur le climat et la biodiversité, nous visons une victoire climatique à travers une profonde transformation de nos vies et de nos sociétés.
 
Quitter le "business as usual"
 
Notre objectif : une neutralité carbone effective en 2050 via une décroissance énergétique mondiale perceptible dès 2025. Attendu sans succès depuis des décennies, le miracle technologique ne nous sauvera pas. Nous devons quitter le business as usual synonyme de mort précoce pour des milliards d’êtres humains et d’espèces vivantes. Nous travaillons à bâtir un rapport de force politique pour sortir du productivisme et du consumérisme destructeurs qui structurent le système économique actuel. Notre ennemi est cette norme sociale actuelle et non les individus. Étant sortis du déni, agissons ici et maintenant. Arrêtons de nous attendre les uns les autres de peur de se marginaliser en étant les premiers.

Devenons cette minorité motrice, catalyseur enthousiaste 
 
Devenons cette minorité motrice, catalyseur enthousiaste d’une transition désirable capable d’initier le changement nécessaire dans toute la société. L’atterrissage de nos sociétés doit être mené dans une perspective de justice sociale mondiale. Ceci impose de réduire nos émissions en deçà de 2 tonnes de CO2 par être humain et par an (ce qui équivaut à la division par 6 de l’empreinte carbone moyenne d’un Français). Loin d’un sacrifice, cette transition est source d’émancipation. La stratégie de résistance climatique consiste en cinq phases qui se cumulent.

Atteindre le seuil de viabilité de 2 tonnes de CO2 par personne et par an

Phase 1 : quatre actions
 
Nous invitons celles et ceux prêts à adopter ce socle fondateur à nous rejoindre. Ces quatre actions − non exhaustives – sont indispensables à la bascule vers un mode de vie à moins de 2 tonnes de CO2 dans les cinq années à venir : repenser sa manière de se déplacer et ne plus prendre l’avion, redécouvrir les transports doux et rouler moins de 2 000 kilomètres par an en voiture ; développer la cuisine végétarienne et se nourrir d’aliments biologiques, locaux et de saison, avec de la viande au maximum deux fois par mois ; réinterroger ses véritables besoins pour limiter les achats neufs au strict minimum ; agir collectivement en portant des actes politiques traduisant ces choix à l’échelle de la société. Par cette mutation à la hauteur de l’enjeu, nous mettons au cœur de l’action la décroissance énergétique et matérielle. Cette contrainte créative nous amène à développer de nouvelles solidarités et trouver collectivement les adaptations qui constitueront les modes de vie post-pétrole. Nous ne renonçons certainement pas au bonheur, mais montrons que ces changements nécessaires sont désirables, émancipateurs et moteurs de joies souvent plus puissantes. Dans notre combat, cohérence personnelle et action collective se renforcent l’une l’autre.
 
Phase 2 : alliances et influence
 
Notre approche − alliant action individuelle d’ampleur et politisation du discours − a vocation à être diffusée en créant des liens avec les acteurs du mouvement climat. Cela passe notamment par la construction d’un nouvel imaginaire donnant à voir ce futur frugal et désirable.
 
Phase 3 : conflictualité et premières victoires
 
Cette bascule semble encore impossible pour beaucoup. La porter et l’incarner est source de tensions avec son entourage ou ses envies immédiates. Cette conflictualité assumée et génératrice de débats s’incarne dans des campagnes ciblées sur des thèmes structurants. Pour commencer : abolir l’aviation de masse (l’avion est le mode de transport le plus émissif et inégalitaire) pour envoyer le message que la crise climatique est réelle. Cette victoire permettra de pulvériser la norme sociale destructrice à laquelle l’avion appartient. Nous l’obtiendrons en créant des alliances avec de nombreuses autres organisations pour accroître le rapport de force. Ce combat est aussi impactant sur le plan de l’imaginaire que structurant sur le plan de l’économie. Ces trois premières phases sont déjà en cours, à l’initiative d’individus ou de collectifs. Elles doivent gagner en ampleur et se structurer afin de pouvoir ensuite porter les deux dernières.
 
Phase 4 : décroissance énergétique
 
Elle devra être nationale, coordonnée massive et rapide. Elle devra s’appuyer sur un effort de pédagogie de la vérité, une revitalisation des solidarités à toutes les échelles et la mise en place d’alternatives dont la plupart existent déjà. Le volet législatif pourra inclure quotas carbone, limitation de la puissance, du poids et du nombre de véhicules… Cela permettra une refonte de nos sociétés en accompagnant les plus fragiles.
 
Phase 5 : passage à l’échelle mondiale
 
Dans la décennie qui vient, ce mouvement de décroissance énergétique doit réussir à s’amplifier afin d’atteindre la division par deux d’ici à 2030 des émissions mondiales de gaz à effet de serre puis la neutralité carbone mondiale d’ici à 2050. Pour le mener dans le temps imparti, l’ensemble des outils de la diplomatie politique et économique devra être mis à contribution pour convaincre les gouvernements réfractaires, et l’existence de nouvelles sociétés sobres aidera grandement. Ce monde peut paraître utopique, mais c’est surtout l’avenir du monde tel qu’il va qui est profondément dystopique. Si d’ici dix ans, nous n’arrivons pas à réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre, nous aurons perdu. Compte tenu des effets d’emballement, dépasser les +2 °C c’est jouer à la roulette russe avec le vivant. Cette bataille conditionne toutes les autres, il faut impérativement la gagner ! Par la cohérence personnelle dans l’action collective, nous pouvons y arriver. Voulez-vous gagner ?
 
Les signataires ci- soutiennent cette stratégie et affirment le caractère incontournable d’une diminution rapide de notre empreinte carbone, sans nécessairement souscrire immédiatement aux quatre actions de la phase 1. De manière complémentaire, 1 700 résistants climatiques également cosignataires portent l’engagement de modifier leur vie en quelques années, à travers ces quatre actions, en visant le seuil de viabilité de 2 tonnes de CO2 émises par personne et par an. »

T.R.
 
Lire article du Monde ICI
 




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​Essentiel


Les commerces "non essentiels" vont rouvrir samedi, c'est l'essentiel. Qui donc d'ailleurs, dont le boulot est sûrement essentiel, a bien pu estimer que vendre un livre est moins essentiel que de vendre un whisky ? La question est d'autant plus grave qu'essentiel renvoie à essence et sans essence on n'avance plus, c'est la panne. L'essence humaine on veut dire, la conscience d'être. En quelque sorte, je vends donc je suis, quand je ne vends plus, je ne suis plus. Ou j'achète donc je suis. Ou... Etc. Toute cette histoire d'urgence sanitaire nous emmène décidément dans des questions vraiment essentielles. Par exemple, peut-on "être" sans être libre ? Non ? Alors il faut descendre dans la rue contre la nouvelle loi qui réduit un peu plus les libertés. Et résister au Black Friday. Comme au virus qui entrave aussi nos libertés, tue même parfois. Que de dilemmes en cette fin 2020 ! Voilà qui ferait une belle discussion, dans une franche amitié, autour d'un demi. Mais le bar reste fermé. Pas essentiel, qu'ils disent.

Michel Rouger
vocal_001_14.mp3 Vocal 001.mp3  (563.39 Ko)


26/11/2020

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