Demain, on change

26/03/2020

« Le couronné virus » : une fable de Michel Billé, sociologue


Michel Billé est sociologue. Après avoir travaillé comme éducateur spécialisé, il s’est vite intéressé principalement à trois sujets : les questions relatives aux handicaps, à la vieillesse et aux transformations familiales. Un leitmotiv l’anime : regarder la personne au travers ce qu’elle peut faire et non, de ce qu’elle n’est plus capable de faire. Vieillir est une chance comme il l’affirme dans bon nombre de ses ouvrages. En ces temps de crise sanitaire et de confinement, il nous conte une fable de son cru, « Le couronné virus ».


« Il y a déjà longtemps que Jean de la Fontaine
Nous racontait l’histoire d’animaux infectés
Par une maladie d’origine incertaine,
« Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés! »
Plus de trois siècles après, on pensait volontiers
L’image de la peste largement dépassée
Pour comprendre ce qui pourrait bien se passer!
Ils n’en meurent pas tous mais tous en sont frappés...

Un virus inconnu, brusquement apparu,
Envahit récemment quelque pays lointain.
On l’observa, bien sûr, mais personne ne crut
Qu’il pourrait, du même coup, menacer les voisins.
Le virus commença partout à se répandre,
Tel un guerrier vainqueur au sommet de sa gloire,
A terrasser les foules, à régner, à surprendre,
A écrire sa page d’une bien sombre histoire.

Il fallut tout d’abord nommer cet ennemi
Et pour cela confier aux plus grands des chercheurs
Le soin de décider, en grande académie,
Du nom qu’ils donneraient à ce dévastateur.
Un détail apparut qui prit son importance:
En spectre couronné le virus se montrait,
En symbole effrayant de sa grande arrogance
Le voici « Corona » et son nom s’imposait.

Le Coronavirus désormais reconnu
Roi de la pandémie, ennemi déclaré,
Sur tous les continents redouté, attendu,
De la Chine à l’Europe fléau d’humanité...
Le malin fit son œuvre, il tua par milliers
Comme avant lui la lèpre, la peste, l’avaient fait.
Le monde s’arrêta pour le contrecarrer,
La guerre était partout, la mort se répandait.

Il fallait réagir! Monsieur le Président,
S’adressant aux français, un soir prit la parole
Et solennellement déclara «Confinement»!
Fermeture d’abord des crèches et des écoles
Et fermeture aussi des collèges, des lycées,
Des universités, théâtres, librairies,
Des piscines, salles de sport, restaurants, et cafés,
Des salles de concert, des commerces aussi !

Interdit de sortir, de flâner, de courir!
Restez chez vous, faites votre télétravail
Réjouissez-vous d’avoir encore un livre à lire!
Car le confinement, il n’y a que ça qui vaille.
Unité du pays! La guerre est déclarée!
Prenons soin des plus vieux, ensemble combattons!
Masques, gants et gel, tout vous sera distribué
Et coronavirus ensemble nous vaincrons.

La guerre est déclarée et c’est l’état d’urgence
Tout le monde est d’accord: urgence sanitaire!
Les très mauvaises langues dénoncent les carences
Pour le reste c’est clair: l’urgence est policière...
Restez chez vous le jour ou bien dérogation!
N’embrassez plus personne, ne jouez pas à ce jeu
Ne serrez plus les mains, pas de propagation
Ne sortez plus le soir, là c’est le couvre-feu !

Ceux qui n’ont rien à dire ont tous pris la parole
Pour réduire au silence ceux qui montent au front
Soignants et médecins, dans une course folle,
Ont tenté de pallier le peu de munitions.
« Il n’y a pas de lits de réanimation
Qu’importe l’armée vient et vous prête main forte
Oui nous assurerons l’union de la nation
L’Hôpital de secours vous ouvrira sa porte... »

Victor Hugo aurait su dire la colère
Du peuple qui entend parler son Président!
« Bon appétit Messieurs Ô Ministres intègres!
Quel remède à cela? L’Etat est indigent »
Et l’hôpital public pleure depuis longtemps
L’absence de moyens, l’ultra-libéralisme,
Les choix délibérés de nos gouvernements,
La réduction des coûts jusqu’à son paroxysme.

Les personnels usés, en nombre insuffisant,
Craignent que la santé devienne marchandise
Mais, sans alternative, admettent cependant
Qu’il faille tout donner pour faire face à la crise.
Et ça dure et ça dure! Il nous faudra longtemps
Pour sortir de la crise, analyser, comprendre,
Ce que le corona révèle de ce temps,
De nos manières d’être ce qu’il nous faut entendre.

Ce virus est toxique, il tue, c’est effrayant
Mais il nous faut bien voir qu’il parle d’autre chose:
De nos modes de vie, de notre environnement...
Dans tout cela peut-être il faut faire une pause.
La peste revenant a changé d’apparence
Nous croyons tout savoir, dominer, maîtriser,
Nous regardons le monde avec tant d’arrogance
Que nous n’avons pas vu arriver le danger !

Et quand nous sortirons de ce confinement,
Ce sont nos modes de vie qu’il nous faudra changer,
Sans quoi, nous le savons désormais parfaitement,
Nous n’en mourrons pas tous mais tous serons frappés...
Réveillons nous, debout les damnés de la terre!
Confinés, isolés, reliés symboliquement
Virus, faim dans le monde, précarité, misère!
Rêvons encore un peu mais solidairement... »

Michel Billé, le 26 mars 2020.
Photo : facebook de Michel Billé

 
 

​Bibliographie de Michel Billé

- “ La société malade d’Alzheimer ” Ed. Eres, mai 2014.
- “ Lien conjugal et vieillissement ” Ed. Eres. octobre 2014.
- “ Manifeste pour l’âge et la vie : réenchanter la vieillesse ” avec C. Gallopin et J. Polard Ed. Eres.
- “ La chance de vieillir Essai de gérontologie sociale ” Ed. L’Harmattan.
- “ La tyrannie du bien vieillir ” avec D. Martz. Ed. Le Bord de l’eau.
- “ Dépendance quand tu nous tiens ” Avec D. Martz et MF. Bonicel. Ed Eres, février 2014.



Nouveau commentaire :


Dans la même rubrique
1 2


Le Webdocumentaire





Donner un coup de main

Tout un chacun peut participer à Histoires Ordinaires. Proposer bien sûr des sujets de reportage et des informations pour la rubrique "Vu, lu, entendu" mais il y a aussi des tâches nombreuses, variées, aussi utiles qu'accessibles. Vous pouvez en trouver ici une liste. Ensuite il suffit de prendre contact avec la rédaction. 


Le billet de la semaine

Liberté

46 jours. Ça fait 46 jours qu’on est assignés, bouclés dans 3,1416 km², sans pouvoir frôler, toucher, embrasser, festoyer, jogger, bicycletter, surveillés par des policiers à pied, à cheval, à vélo, à moto, en auto, en hélico, épiés par des collabos... Y’a que d’aller bosser qui rend libre, chose au reste discutée depuis l’aube de l’humanité. Au moins, nous voilà à J-11 de la semi-liberté conditionnelle. Sauf que le gouvernement continue de bricoler son StopCovid d’apprenti sorcier. Alors là, geste barrière : Stop au StopCovid. Le confiné sur canapé, qui poste à qui veut sa vie privée sur son smartphone, doit cette fois dire non. Non à tous les virus de l’e-surveillance politique qui mutent vite en virus Xi Jinping que la dictature chinoise veut répandre dans les démocraties : il est déjà à Nice… Ne pas sacrifier la Liberté au besoin de sécurité qui se nourrit de toutes nos peurs est un bon sujet de réflexion et d'action pour les 220 jours de semi-liberté qui nous attendent sans doute d’ici le réveillon. Quand enfin on s’embrassera. Bonne Année ! La santé surtout. Et la Liberté. Peut-être...

Michel Rouger

30/04/2020

Nono












Partenaires