Vu, lu, entendu...

04/10/2011

« Freedom », portrait d'une génération aux illusions perdues



« Freedom », portrait d'une génération aux illusions perdues
Un million d'exemplaires vendus, traduit ou en cours de traduction dans 36 pays,  lecture de l'été du président Obama : un tel succès, en général, me fait fuir. Pourquoi et comment suis-je allée en si peu de temps au bout de ce pavé de 718 pages qui couvre trois décennies de la vie de la famille Berglund et de ses relations?

Patty et Walter, couple progressiste, façon "Peace and Love" des années 70, se sont englués dans les désillusions et les renoncements moraux, eux qui avaient voulu changer le monde. Ils sont bons citoyens, vaguement écolos, politiquement corrects, ayant tout pour être heureux, gentils jusqu'à l'écœurement.

Elle, Patty, erre, entre Richard, un amour de jeunesse et Walter, son mari, dans un ennui permanent, battue d'avance, à l'image de la déception et la désillusion des baby boomers dont le rêve d'une société meilleure a été balayé par le consumérisme et la culpabilité qu'il engendre. Lui, Walter, accepte des compromissions terribles dans lesquelles il se débat et s'englue.

Tous les grands problèmes d'aujourd'hui y passent : environnement, corruption, déplacement de population, guerre en Irak, etc . C'est si compliqué et si simple à la fois : on est loin des valeurs fondatrices de liberté, de progrès, de culture, de fraternité, seuls comptent la puissance et l'argent. Patty et Walter vieillissent, sans idéaux et sans amour, dans un pays qui leur ressemble.

L'écriture est à l'image des personnages : phrases banales faites de clichés et phrases longues et lourdes du poids de l'ennui quotidien, des tranches de vie écrites de façon différente, de l'autobiographie détournée au roman réaliste ou à l'étude ethnographique. 

Sur le même thème, Petite sœur, mon amour de Joyce Carol Oates nous mettait au cœur du mal : adultes médiocres et manipulateurs, enfants drogués, dépouillés de toute personnalité et immolés sur l'autel de la vanité des parents. Dans le livre de Jonathan Franzen, il ne se passe rien et s'il se passe quelque chose dans le vaste monde, on ne peut rien y faire, on est impuissant :  alors, là, on se sent mal...

Marie-Anne Divet

Freedom de Jonathan Franzen. Traduit de l'anglais (USA) par Anne Wicke Editions de l'Olivier 2011 pour l'édition française  









Le billet de la semaine

​Essentiel


Les commerces "non essentiels" vont rouvrir samedi, c'est l'essentiel. Qui donc d'ailleurs, dont le boulot est sûrement essentiel, a bien pu estimer que vendre un livre est moins essentiel que de vendre un whisky ? La question est d'autant plus grave qu'essentiel renvoie à essence et sans essence on n'avance plus, c'est la panne. L'essence humaine on veut dire, la conscience d'être. En quelque sorte, je vends donc je suis, quand je ne vends plus, je ne suis plus. Ou j'achète donc je suis. Ou... Etc. Toute cette histoire d'urgence sanitaire nous emmène décidément dans des questions vraiment essentielles. Par exemple, peut-on "être" sans être libre ? Non ? Alors il faut descendre dans la rue contre la nouvelle loi qui réduit un peu plus les libertés. Et résister au Black Friday. Comme au virus qui entrave aussi nos libertés, tue même parfois. Que de dilemmes en cette fin 2020 ! Voilà qui ferait une belle discussion, dans une franche amitié, autour d'un demi. Mais le bar reste fermé. Pas essentiel, qu'ils disent.

Michel Rouger
vocal_001_14.mp3 Vocal 001.mp3  (563.39 Ko)


26/11/2020

Nono



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