Vu, lu, entendu...

18/10/2011

En librairie : « D'acier » de Silvia Avallone



En librairie : « D'acier » de Silvia Avallone
Voici un magnifique roman, sorti peu avant l'été, sur la classe ouvrière italienne dans les années 2000, un roman taillé comme un scénario.

Nous sommes à Piombino, sur la côte Tyrrhénienne, aux marges de la Toscane. Piombino, ville ouvrière mais aussi port d'embarquement pour les touristes qui se rendent à l'île d'Elbe voisine, vigie inaccessible, à quelques encablures de la côte, pour ceux qui vivent et travaillent sur le continent.

A travers les yeux de deux belles gamines, Anna et Francesca, à peine adolescentes, deux petites voisines de la rue Stalingrado, nous découvrons cette ville où les barres de HLM donnent sur la mer - « car les métallos aussi, ont le droit à un appartement avec vue sur mer » -, cette ville dominée par son aciérie, la Lucchini, où jusqu'à 20.000 ouvriers ont travaillé. Mais aujourd'hui, ils ne sont plus que 2.000, menacés de licenciement, car les nouveaux partenaires de la Lucchini, des Russes, sont très durs en affaires.

Une empathie, une tendresse bouleversante

Nous découvrons cette société industrieuse, les amours, la difficulté et les limites des choix des uns et des autres, la drogue qui coule à flot, permettant à chacun d'essayer de tenir sa place dans cette énorme mécanique. A part le père-dictateur de Francesca, devenu une loque après un accident de scooter, ou le père absent d'Anna, qui part régulièrement frayer avec les truands pour rapporter ce qu'il pense être un +plus+ pour sa famille.

Aucune démonstration, rien de didactique dans ce roman. Juste le flux de la vie dans cette année de passage, entre 13 et 14 ans, l'âge des espérances où l'on se rend compte soudain, parfois trop tard, que l'on est passé de l'autre côté, sans trop savoir comment. Une grande justesse de ton pour traduire les sentiments, les émotions de cet âge-là, filles comme garçons, suivi de la nostalgie éternelle de cette période intense et fugace où la vie est sur un fil. Une capacité aussi formidable à planter une famille un décor, un appartement. Tout sonne juste, avec une empathie, une tendresse bouleversante.

 On reste éberlué quand on apprend que l'auteur d'un roman d'une telle maturité, qui a bien sûr grandi à Piombino, n'a que 25 ans. 

Clarisse Lucas

  « D'acier » de Silvia Avallone, Editions Liana Levi





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Violence d’État

Réalisant sans coup férir le vœu du Président de rendre le pays « plus humain » en 2020, trois policiers ont interpellé le 3 janvier à Paris un coursier à scooter, Cédric Chouviat, 42 ans, père de 5 enfants, et l’ont asphyxié par un plaquage ventral complété par une fracture du larynx. Mourir lors d’un contrôle routier… Les années se suivent et se ressemblent. L’année 2019 avait commencé par le coma, le 12 janvier, à Bordeaux, du Gilet Jaune Olivier Beziade, touché en pleine tête par un tir de LBD40, qui a inauguré une année répressive jamais vue dans un mouvement social. Le 21 juillet, à Nantes, les lacrymogènes des CRS ont aussi poussé Steve, 24 ans, dans la Loire. Mourir lors d’une Fête de la musique... La violence d’État ne désarme plus. Car le coupable, bien sûr, est moins le policier frappeur que les autorités qui l’arment, le couvrent, lancent leurs forces au premier attroupement, fût-il festif, pour impressionner, intimider. Quand le libéralisme autoritaire fait du citoyen ordinaire un adversaire... 

Michel Rouger
  

09/01/2020

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