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Joseph : "La devise républicaine est notre force, notre espoir"



Joseph Quémard, 25 ans, est devenu architecte. Il a imaginé comme projet d’étude, “ La Cité des marais ” faisant de l’ancienne usine Garnier de Redon un lieu de rencontre, de convivialité et de formation, unissant traditions identitaires du pays et formes nouvelles de travail partagé. En y réfléchissant, la devise républicaine est bien au cœur du projet architectural…


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Liberté

« La liberté, on l’a… a priori. Cette devise républicaine, je ne l’ai pas vue étant plus jeune. Elle n’apparaît pas d’emblée et je n’y avais pas trop réfléchi à dire vrai… En fait, elle porte en elle des valeurs universelles. Ce sont les attentats et le climat actuel de conflit, de guerre qui font qu’elle redevient visible, significative. C’est important de se rappeler que la France, “ pays des droits de l’homme ”, est un peu à l’origine de ces valeurs depuis la Révolution. On se doit donc de l’appliquer puisqu’on l’a créée. C’est la peur qui fait que l’on a du mal actuellement à la mettre en application. On a mis des siècles à construire notre devise républicaine. Il ne faudrait pas que des gens, qui n’ont qu’une vision parcellaire, simpliste, à sens unique, détruisent ce qui fait notre fondement.
 
En y réfléchissant bien, l’architecte n’est pas indifférent à cette notion de liberté et ses projets favorisent ou non son expression. Regardez : on construit des logements comme après la guerre, pour papa, maman et deux enfants. Aujourd’hui, ces logements sont totalement obsolètes. Ils ne peuvent pas évoluer et ne correspondent plus du tout aux attentes. Ça touche très directement la liberté individuelle, même dans du logement collectif. Le salon aujourd’hui a considérablement évolué : on y reçoit ses amis mais on y installe aussi un bureau pour du télétravail ou pour gérer son activité professionnelle. La cuisine n’est plus fermée : elle est espace de convivialité. La chambre est aussi un espace de vie : les enfants y reçoivent leurs amis. Le logement est devenu très personnel et on doit pouvoir l’aménager librement. Il est à l’image de chaque habitant et reflète son mode de vie. On peut y créer sa vie comme on l’entend. Le logement doit offrir cette liberté de choix.

De même pour les aménagements de ville. Pendant des années, l’architecture et l’urbanisme ont contribué à la ghettoïsation en isolant des quartiers, en protégeant certaines zones et quartiers riches, en excluant. Savez-vous pourquoi on installe des bancs incurvés. C’est pour empêcher une personne à la rue d’y dormir. Savez-vous pourquoi on plante dans le béton des galets verticaux ? C’est pour empêcher de séjourner… On codifie la ville, on la règlemente de façon drastique parce que c’est l’image qui prédomine. On cherche à dissimuler, à cacher la différence, au détriment de la devise républicaine… Des espaces libres qui pourraient être pensés en fonction d’un vivre ensemble sont empêchés, réglementés. Ainsi, aux Pays-Bas, l’espace public est pensé différemment, comportant de nombreuses possibilités offertes aux habitants de se l’approprier. Il faudrait imaginer un usage de vie multiple de l’espace public, laissé libre, qui offre la possibilité de vivre ensemble, sur le même espace, avec ses différences… de créer de la fraternité. Des formes éclatées architecturales, ouvertes, partagées.
 
 

Egalité

L’égalité, tout, dans notre pays, incite à aller vers… Pourtant issu d’un milieu populaire, j’ai eu la chance de faire des études et devenir architecte. Notre pays nous offre une égalité des chances dans l’accès à nos rêves, à nos projets. On n’est plus dans cette répétition qui faisait qu’un fils d’ouvrier devenait nécessairement ouvrier. C’est donc une liberté de choix qui nous est offerte.
 

Fraternité

Fraternité me pose davantage de questions… Le sens de ce mot était sans doute évident dans les périodes de guerre qu’a traversées la France. Face à l’ennemi commun, l’union sacrée créait la fraternité. Elle est plus difficile à trouver aujourd’hui…Quoiqu’avec les attentats, il y a à nouveau cet ennemi commun qui surgit et fait renaître le mot fraternité. Nous sommes à nouveau en guerre, on se rassemble et il y a comme un renouveau autour de ce mot fraternel. Nous sommes unis par des valeurs, une façon de penser au sein d’une même “ fratrie ” d’idées. En même temps résonne de la fragilité autour de ce mot : on peut perdre facilement et rapidement cette fraternité. Mais peut-être que les terroristes s’estiment aussi fraternels entre eux… Ce n’est pas simple à définir comme notion ! Chaque peuple aurait donc une conception de la fraternité qui lui est propre et du coup… laquelle est la bonne ? Le mot prend son sens en référence aux deux autres que sont liberté et égalité.
 
En fait, la devise repose sur un trépied et chaque mot n’a de sens qu’en résonance avec les deux autres. Les architectes ne doivent pas oublier d’inscrire la devise au fronton des édifices publics. C’est vrai que c’est toujours compliqué d’inscrire des lettres sur un bâtiment. Esthétiquement, graphiquement, ça peut être un frein… Mais elle est notre force, notre espoir. Je pense à cette histoire d’un enseignant qui propose à ses élèves de disserter à partir d’une feuille blanche sur laquelle est dessiné au centre, un point noir. Tous les élèves se focalisent sur le point noir. Au final, l’enseignant leur dit : « Vous n’avez vu que ce point noir et vous avez oublié tout le blanc autour ». Comme dans la vie de tous les jours ! Le point noir, c’est ce truc qui nous embête et qui nous bouffe notre journée. Mais tout ce blanc, c’est justement liberté, égalité, fraternité. »


JOSEPH, UNE ARCHITECTURE RESPECTUEUSE DE L'HISTOIRE

Joseph est né à Redon, côté Ille-et-Vilaine, et a vécu à Saint-Jean-la-Poterie, côté Morbihan. Très jeune, il se plaît à dessiner : « Avec ce désir de mettre le dessin au service des gens. C’est ainsi que l’idée de l’architecture est venue à moi ». Sa famille le soutient et Joseph intègre l’école d’architecture de Bretagne à Rennes. Il travaille alors sur un projet d’étude qui ne laisse pas indifférent le territoire « J’ai choisi comme projet d’étude, la friche Garnier de Redon, l’ancienne usine qui fabriquait des machines agricoles connues dans tout le grand ouest. Ce travail devait mettre en application les différents enseignements acquis pendant cinq ans. C’était aussi une réflexion urbaine, sociologique et architecturale ».
 
Joseph imagine la "Cité des marais"
 
De ce site mythique, Joseph fait naître “ La Cité des marais ” : « Je voulais un projet qui serve le pays de Redon mais aussi les Redonnais avant tout, tout en respectant l’histoire du site, de l’usine ». Tout en conservant la structure métallique de l’usine, il imagine un espace où cohabitent patrimoine local lié à l’eau comme la batellerie, les usages autour du marais, le remorqueur Attis, l’aviron, le canoë... « Pas un musée mais un lieu vivant en lien et connecté avec le théâtre, le nouveau Campus d’étudiants, les cinémas… » Il en fait aussi un lieu de formation où l’on dispense des formations autour de la charpente marine, de la métallurgie… Il lance un “ Fablab bateau ”, crée des espaces de réunions, de coworking, de développement de start-up, une capitainerie, une auberge…Le projet a séduit de nombreuses associations, le conseil de développement… Après avoir obtenu son diplôme, il travaille pendant neuf mois chez MH Architectes à Redon avant de rejoindre une agence à Rennes pour travailler sur ses premiers projets auprès de collectivités, de maisons de retraite et d’écoles.

Propos recueillis par Tugdual Ruellan.


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Pourquoi ce blog ?
Michel Rouger
Et si l’on demandait à chacun d’entre nous ce qu’évoque la devise républicaine, ces trois petits mots, parfois bafoués, souvent mis à mal quand ils ne sont pas oubliés de nos frontons publics ? Et si l’on prenait le temps de s’interroger sur le sens qu’ils prennent ou qu’ils ont pris dans nos vies ?

Alors, les citoyennes et les citoyens nous diraient leur mécontentement, parfois leur colère de n’être pas considérés, entendus, écoutés. Ils nous diraient leurs peurs et leur fragilité dans une économie mondialisée, monétisée, déshumanisée. Ils hurleraient leurs doutes, leur mépris face aux promesses qui leur sont faites et qui ne sont pas tenues.

Mais ils nous diraient aussi leur joie d’être libres, de pouvoir dire, rêver, encore et toujours penser. Ils nous diraient malgré tout leur espoir de voir poindre des jours meilleurs, leur soif et leur espérance de justice et d’égalité.

A l’initiative du député Jean-René Marsac, nous sommes allés recueillir des paroles, des histoires de vie, des réflexions glanées sur ces bouts de chemin croisés. Histoires Ordinaires propose de les mettre en partage sur ce blog.

Tugdual Ruellan

« Les valeurs de notre République et de notre démocratie sont violemment attaquées. Vers de nouvelles formes d'engagement et de dialogue avec nos concitoyens »

Par Jean-René Marsac, député

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