Éducation

Yves Prual, le barde qui libère la musique dans la banlieue de Nantes


23/05/2013

À Orvault, dans la banlieue de Nantes, Yves Prual poursuit depuis quelque trente-cinq ans une activité foisonnante en faveur de la musique populaire. Oscillant toujours entre humour et poésie, le guitariste-violoniste-chanteur-pédagogue ne cesse de vouloir amener à la musique les petits et les grands, tous ceux, surtout, qui en sont les plus éloignés.




Yves Prual, le barde qui libère la musique dans la banlieue de Nantes

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Écoutez en lisant... Cette chanson, ces voix que vous entendez, vibrent d'expériences de vies malmenées, de courages quotidiens, de cultures diverses... « Humainement, c'est très fort », dit Yves Prual, leur guitariste, leur homme-orchestre, le créateur du groupe "Arc en ciel". Cela fait quinze ans maintenant que deux heures durant, en gros toutes les trois semaines, les six à huit membres d' "Arc en Ciel" viennent avec lui partager des chansons et, en même temps, échanger des tas de choses.

« Ce n'est pas une chorale, c'est un groupe », souligne Yves Prual. Un groupe qui se nourrit d'origines africaines, bretonnes, maghrébines, espagnoles. Et où la réussite ne se juge pas aux résultats : « C'est le chemin parcouru qui importe. »  Yves Prual aime, avec son groupe, « aller chercher le sens. » « Ma vie, c'est ça, des petites actions ponctuelles comme ça », ajoute-t-il modestement dans son bureau de la Ferme de la Bugallière où il cultive ses idées et sa différence.

Le bac à 25 ans

À y regarder de près, il tient sans doute de sa mère. L'épouse de l'instituteur de Montabot - 300 habitants dans la Manche - était musicienne, organiste, violoniste, chanteuse, actrice aussi pour ramener un peu de sous dans la caisse de l'école. 

Une mère musicienne mais un père très tôt décédé : le jeune Yves Prual rate ses années collège et lycée. Il fait son service dans la Marine. Quand il revient, il reprend les études, refait son lycée par correspondance, passe le bac à 25 ans, s'en va faire psycho à Paris, ajoute une année de musicologie en Sorbonne. Il suit ensuite son amie médecin partie faire son internat en Algérie. Là-bas, il poursuit les courts de psycho mais forme aussi à l'animation de loisirs, aime un club de guitare et chansons au lycée de Blida.

Revenu à Nantes, il ne tient pas quatre ans comme cadre psychologue malgré son atelier de musicothérapie. « J'étais cadre : c'est quoi un cadre ? », raille-t-il. Quand, en 1978, la municipalité d'Orvault recrute des animateurs musicaux pour faire entrer la musique à l'école, Yves Prual trouve la partition qui lui convient : libérer la musique.

Yves Prual, le barde qui libère la musique dans la banlieue de Nantes

L'éducation musicale sur tous les tons

Aussitôt, au sein de l'Association des Habitants de la Bugallière, il lance avec quelques amis le CAM, Collectif d'animation musicale. La guitare et les chansons attirent les adultes. « À partir de 1980, on a pulsé comme des malades pour former à des disciplines qu'on ne trouvait pas dans les écoles de musique » : le chant choral populaire et non plus religieux, le jazz... Les enfants rejoignent les adultes. Le CAM grossit, approche les trois-cents adhérents, à tel point qu'il prend son autonomie avant de devenir le CAM44 d'aujourd'hui. 

Avec le CAM, Yves Prual aura décliné l'éducation musicale populaire sur tous les tons. « Comment amener les gens à se réapproprier les "musiques savantes" ? » se demande-t-il. Alors, il crée le Gloria de Vivaldi avec cinq chorales et deux-cents chanteurs et musiciens amateurs ou professionnels. Puis le King Arthur de Purcell... En même temps, il sillonne la région - depuis 33 ans maintenant - avec son groupe intercantonal "Les Matous" issu de ses ateliers, sept chanteurs et musiciens à l'humour communicatif.

Sans abandonner la musicothérapie qu'il ne cesse de promouvoir au contraire sur Nantes, il fait de l'éveil musical en crèche et en écoles maternelles ou élémentaires, assure la formation musicale au Centre de formation des éducateurs de jeunes enfants de Nantes. Il  compose un répertoire dont témoignent une bonne douzaine de disques édités chez Didier Jeunesse. Actuellement, il travaille sur des chansons gourmandes destinées aux 5-12 ans.


Yves Prual, le barde qui libère la musique dans la banlieue de Nantes

L'art populaire par excellence

« Dans mon parcours, plein d'expériences se sont nourries », résume-t-il. La sensibilité sociale de l'artiste les ont surtout sans cesse réunies. Même chez les petits, Yves Prual veut « tenir compte de leur parole, de leur vécu ». « Par delà les âges et les origines, la chanson relie les gens, du nouveau-né à la grand-mère, c'est l'art populaire par excellence », insiste-t-il. Et de renvoyer aux ouvrages de Philippe Grimbert « Chantons sous la psy » et le récent « Psychanalyse de la chanson ».

À 66 ans, il n'en démord pas. Et s'interroge : « Comment se reposer la question de l'éducation populaire ? » Orvault n'échappe pas aux précarités et aux solitudes du moment. Au cœur de cette recherche, il y a Arc en Ciel. Il a 15 ans cette année. « Comment faire en sorte que l'atelier soit pérennisé ? ». 

Yves Prual connaît une partie de la réponse : « Quand on a créé le groupe, j'ai dit "On va faire en sorte que ces gens-là puissent témoigner, qu'ils ne soient pas ceux que l'on cache". Quand Arc en Ciel est sur scène, le public est toujours suffoqué. » Alors, bien sûr, il va continuer. Les femmes d'Arc en Ciel préparent l'anniversaire des 15 ans fin septembre.  La conteuse Gigi Bigot les aident sur les chemins de l'imaginaire. Il y aura aussi des débats. Récemment, en novembre 2012, un ouvrage qui mérite d'être diffusé largement a réjoui Yves Prual, Éducation populaire : une utopie d'avenir...

Michel Rouger





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Le billet de la semaine

​Le mal des soignants

Un mal ronge le milieu de la santé : la violence sur les jeunes en formation. Un nouveau diagnostic révèle même un aggravation chez les futurs infirmier.e.s. Ils se déclarent stressés (78%), épuisés psychologiquement (62%), usagers parfois de psychotropes (27%) et pas seulement à cause du poids des études ou de la précarité qui les oblige à bosser : ils se disent aussi victimes de discriminations (36,5%), de harcèlement (33,4%)... Le milieu n'a jamais été d'une grande douceur mais l'austérité injectée à haute dose depuis des années a mis les soignants eux-mêmes sous tension. Le mal frappe à tous les étages mais le principal c'est que les comptes de la Sécurité Sociale, eux, se portent mieux. 

Michel Rouger

21/09/2017

Nono



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