Afrique

Tarra Nacanabo, une vie au service des femmes du Burkina


20/05/2015

Militante de toujours et quels que soient les gouvernements, Tarra Nacanabo préside au Burkina l'association Kebayina. Un nom qui signifie : "Regroupons-nous pour travailler dans la même direction". Quelque 500 femmes se battent autour de Tarra pour la défense de leurs droits et pour le développement du pays.




©Anaïs Dombret
©Anaïs Dombret
Tarra Nacanabo en impose tant par sa détermination que par ses rondeurs, qu'elle promène ce jour-là dans une grande robe multicolore en wax. Quand on la rencontre sur une terrasse abritée de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, elle se plaint de la chaleur…Comme tous les Burkinabés en ce mois d'avril où le thermomètre atteint facilement les 40°, elle évoque pêle-mêle les difficultés liées à la météo et les coupures d'eau.

Le Burkina Faso, son pays, connaît une période un peu agitée. Après avoir obtenu le départ de Blaise Compaoré, le 31 octobre 2014, le pays est dirigé par un gouvernement de transition qui ne satisfait pas tout le monde. Quand on évoque le sujet, Tarra réfléchit. Elle balance son corps imposant de gauche à droite, comme à chaque fois qu'elle prend le temps de la réflexion. « Je suis sceptique car on s'attendait à la mise en place de certaines choses », dit-elle en sous-entendant que les mesures en question se font toujours attendre.

Avec Kebayina, les femmes défendent leurs droits

La présidente de l'association Kebayina se bat depuis des années pour améliorer la condition des femmes au Burkina Faso. Kebayina signifie "Regroupons-nous pour travailler dans la même direction". L'association, présente dans cinq provinces du pays, comptait 500 adhérentes au dernier recensement. Elle fait partie du réseau FEDDAF (Femmes droit développement en Afrique), dont Tarra est la Secrétaire générale adjointe au niveau du Burkina. « Travailler en réseau produit plus d'effet que d'être seule », lance-t-elle comme un mot d'ordre.

Concrètement, le réseau forme des "para-juristes" au droit. Ces personnes organisent ensuite des groupes de femmes dans les quartiers pour échanger avec elles sur leurs droits. Des thèmes très concrets sont discutés : la mariage, le divorce, la place de la femme dans le couple, les problèmes des adolescents. Ce travail de longue haleine permet un changement de mentalités pour que ses consoeurs trouvent leur juste place dans ce monde qui leur en laisse peu. « Les femmes ont tendance à se dévaloriser, constate-t-elle. Mais c'est parce que la société les dévalorise ! »

©Anaïs Dombret
©Anaïs Dombret

Militante dès le lycée

Tarra Nacanabo a découvert sa passion pour le militantisme au lycée puis à Niamey où elle se lance dans des études de mathématiques. Tarra poursuit son cursus en France, à Dijon et Paris. La ferveur du mouvement étudiant ne se dément pas, la sienne non plus. En cette fin des années 70, l'Union des étudiants voltaïques et la Fédération des étudiants africains de France bouillent d'initiatives.

« Lors des débats, les étudiants disaient que notre pays était sous domination, que son économie était dirigée de l'extérieur, se souvient la militante. Je me demandais s'ils exagéraient, j'en ai acquis la conviction en m'informant, en lisant et en questionnant mes proches. »

En 1979, des grévistes s'opposent à une réforme de l'Education nationale. « Saunier (ndlr : Alice Saunier était ministre des Universités en 1979), si tu savaaaaaaiiisss », chante la sexagénaire, dans un grand éclat de rire. Les époques changent, les responsables politiques aussi… mais pas les slogans !

La cause des femmes

Une fois lancée dans le militantisme, la jeune étudiante en mathématiques épouse la cause des femmes. Elle prend conscience de leurs difficultés au quotidien pendant ses études à Paris et à son retour au Burkina Faso, en 1983. Le capitaine Thomas Sankara vient de prendre le pouvoir. En tant qu'enseignante, elle est convoquée puis suspendue de son emploi par les comités révolutionnaires, chargés de mettre en place les politiques de la révolution.

On lui demande d'aller travailler dans les champs, ce qu'elle refuse. Sa suspension ne se fait pas attendre. A l'époque, il ne fait pas bon de critiquer les politiques de la Révolution. Aujourd'hui, le 'Che africain" jouit d'une aura palpable chez les jeunes Burkinabés. Certains idéalisent le dirigeant. Tarra qui a connu cette période reconnaît "l'intégrité" de l'homme mais n'oublie pas que les décisions étaient appliquées avec autorité et qu'il y avait peu de place pour la contestation. Reste parmi les mesures-phares de cette période l'instauration de la journée de la femme du 8 mars : un jour payé et chômé au Burkina grâce à Thomas Sankara.  

Aïssa dans les pas de sa mère

Tarra est d'ailleurs née un 8 mars 1955. Une coïncidence intéressante pour une militante de la cause féministe ! « À l'époque, la journée des femmes n'existait pas », remarque -t-elle. Sa mère, décédée à 89 ans, était ménagère. Elle avait souvent peur pour sa fille et ses combats.

Tarra, elle, a transmis un héritage de militante à sa descendance. Sa fille Aïssa l'accompagne ce jour-là et écoute patiemment sa mère relater son parcours. A la fin de l'entretien, elle nous confie : « Je soutiens ma mère. Elle m'inspire en tant que femme. Avec elle, j'ai appris qu'on obtient jamais rien gratuitement, il faut se battre », poursuit Aïssa. Il semble que la relève soit assurée !

Servane PHILIPPE




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Michel Rouger

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