Vie rurale

Sur ce « Mordu de la pomme » s'est greffé un fin pomologue


13/11/2014

Si vous voulez créer votre pomme, allez à Quévert, près de Dinan, en Bretagne, et demandez à rencontrer Jean-François Aubert, grand maître en pomologie, le premier, aussi modeste qu'infatigable, des « Mordus de la Pomme ». Et aussi l'ancien maire, Louis Martin, toujours aussi vert à 92 ans. Il y a tout juste neuf ans, la conteuse Marie Chiff'mine a saisi ici quelques pépins de la « Rosalie ». Aujourd'hui, elle croque et conte avec gourmandise sa « Marie Chiff'mine ».




Sur ce « Mordu de la pomme » s'est greffé un fin pomologue
Aujourd'hui c'est la conteuse Marie Chiff'mine qui nous entraîne sur les petites routes de campagne entre Landujan et Quévert, en Bretagne, pour aller rejoindre Jean-François Aubert, président sans le titre, tient-il à souligner, des Mordus de la pomme. La semaine prochaine, il présidera la 30ème Fête du Patrimoine Fruitier à  Quévert. A cette occasion, nous allons découvrir la « Marie Chiff'mine »  la nouvelle variété de pommes du nom de scène de sa créatrice. Nos lecteurs ont découvert Marie Chiff'mine l'an dernier à son retour d'Estonie après un périple de six mois à vélo (Marie Chiff'mine boucle son conte-tour).

En plein préparatifs,  Jean-François Aubert nous reçoit entre deux réunions dans un petit espace de la maison des associations avec la simplicité des gens qui ont un intérêt pour tout sauf à parler d'eux-mêmes. Jean-François a le regard malicieux et est sans complaisance envers ses concitoyens qu'il tacle avec humour au détour d'une explication, pour le  grand plaisir de ses interlocuteurs.

La pomme et la rose : un patrimoine

Tout a commencé il y a quelque 30 ans. La commune de Quévert, n'a quasiment pas de patrimoine bâti. « Monsieur Louis Martin, l'ancien maire de la commune, s'est reporté vers le patrimoine végétal », nous explique Jean-François Aubert  : les fleurs, les fruits locaux. Il crée Les Piqués de la rose et Les Mordus de la Pomme, ce fruit qui a été la richesse des agriculteurs du secteur. « Ça a pris tout de suite. »

C'est la grande époque où en France on voit naître des associations comme Les Croqueurs de Pommes,  Ils ont croqué la pomme ou encore l'Association Pomologique.  « Monsieur Martin, ce qu'il aime alors c'est semer : il sème des graines de rosiers mais aussi il veut qu'on sème des pépins », dit Jean-François qui aime également semer et est à ses côtés depuis le début. « On a trouvé des pépins et on s'est lancé dans le semis des pépins de hasard. »

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La passion d'un scientifique

Jean-François Aubert replonge dans son enfance bretonne. « Petit on prenait les pommes et on se les lançait, c'est tout ! Il fallait les ramasser pour faire le cidre, c'était plutôt une corvée dans l'herbe quand c'était humide ou gelé. Ça n'était pas une passion ! » Pourtant il aime les plantes, la preuve, il sera ingénieur agronome.  Il est d'abord paysagiste à son compte avant  d'être recruté par à la ville de Dinan au service des espaces verts. 

Un jour, Louis Martin lui confie des missions pour le Codepran (le Comité de développement du pays de Rance) et là, il commence un véritable travail de scientifique : le recensement, la conservation et la transmission du patrimoine pomologique du pays de Dinan. Il donne aussi des cours aux employés de la ville pour tout ce qui est plantation, greffage, hybridation, traitements,  entretien des sols.  

Au fil des années, Jean-François Aubert va constituer un véritable centre de documentation autour de  la pomme et du cidre. Il est consulté par des chercheurs : ceux de l'Ira d'Angers qui travaillent sur le génome de la pomme ou  encore ceux de l'Inserm à Strasbourg pour le traitement des cancers. Jean-François Aubert aime partager avec eux l'observation scientifique.

Il est intarissable, parle des différentes variétés de pommes, de leur origine, du greffage, de la  récolte, de la conservation du cidre et explique pourquoi on trouve telle variété ici plutôt qu'une autre. C'est aussi un fin observateur de cette forte tradition rurale.

440 litres de cidre par an et par habitant, bébé compris

« Jadis, le cidre était la boisson des Bretons. Il fallait  faire pousser les pommiers pour fournir les cidreries de la région ! On est surpris d'apprendre qu'en 1935, la consommation de cidre des Rennais  était évaluée à  440 litres par an et par habitant, bébé compris ! »,  précise Jean-François. Sans compter toutes les pommes qui rentraient  dans la ville pour être pressées par les Rennais eux-mêmes afin de ne pas payer l'octroi...

Les Bretons étaient de bons agriculteurs qui s'occupaient de leurs  pommiers, poursuit Jean-François. Ils faisaient des croisements pour trouver des variétés adaptées, notamment côté conservation. Dans la région de Fouesnant, on faisait un cidre très amer pour que les pêcheurs partant pour plusieurs mois en mer puissent conserver leur cidre. Dans le Finistère Nord, il fallait trouver des variétés de pommes dures, résistantes aux chocs, car elles étaient  vidées dans les  bateaux  puis  rechargées à coups de pelles  pour les mettre dans les charrettes. Dans le marais de Dol, on produisait des pommes qui se pressaient en février/mars pour permettre aux agriculteurs d'avoir un cidre nouveau au mois de juillet pour les touristes.

Une année au rythme de la pomme

Tout ce patrimoine, ce savoir-faire, Jean-François Aubert le transmet et l'enrichit.  Il  répertorie les différentes variétés par pays en allant sur le terrain observer les vergers. Il étudie les pommiers, le sol et les pommes et  établit des fiches techniques détaillées et diffusées dans le journal de l'association. Son année est rythmée par des activités qui vont du greffage des pommiers à la cueillette des pommes en passant par les manifestations grand public.

L'évènement majeur c'est la grande Fête de la Pomme à laquelle la population locale se rend en nombre chaque année en novembre. 600 variétés de pommes y sont exposées. Le thème cette année a été l'hybridation, thème illustré par l'appellation officielle de la nouvelle variété Marie chiff'mine. Mais il y a d'autres temps forts dans l'année.

La récolte des greffons a lieu en janvier/février et se fait aussi  auprès d'un jeune public. Cette année c'est Olivier Garnier, membre des Mordus de la Pomme, qui a accompagné les enfants dans les vergers de Meslin pour prélever des greffons des meilleures variétés. Il faut aussi préparer la foire aux greffons qui propose quelque 300 variétés de toutes espèces.

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50 vergers conservatoires

L'ingénieur retraité travaille en fait à plein temps. Toute l'action de l'association s'appuie sur les vergers conservatoires où les variétés locales sont greffées. Ces vergers sont dispersés dans des micro-régions bretonnes  afin que chaque variété reste dans le terroir où elle est adaptée. A l'heure actuelle Les Mordus de la Pomme gèrent 50 vergers conservatoires, 800 variétés greffées sur plus de 1000 pieds ! « On plante dans des espaces publics comme les délaissés des 4 voies, ajoute Jean-François ; le long de la Route des Estuaires, pas moins de cinq vergers conservatoires ont été constitués. » Avec le concours de nombreux bénévoles et la participation d'enfants des écoles, ils ont greffé jusqu'à 300 pommiers dans une  journée. 

Parallèlement, Jean-François Aubert travaille à l'organisation des journées de formation et d'information sur la taille, le greffage, les soins des arbres, l'hybridation....  Ces savoirs-faire intéressent de plus en plus un public curieux, ce qui  a amené  l'équipe à constituer  un fond documentaire sur la pomologie  dans lequel les 450 adhérents qui plantent, greffent, organisent des manifestations, peuvent puiser.   Et ce n'est pas tout. Le pomologue de Quévert participe à la revue trimestrielle qui annonce les prochaines activités de l'association, donne des astuces pour les plantations, propose différentes recettes gourmandes dont se délectent sûrement Louis Martin, Marie Chiff'mine et Jean-François Aubert ici réunis lors de la dernière fête.

Agnès Blaire

Sur ce « Mordu de la pomme » s'est greffé un fin pomologue

Et c'est ainsi que naquit « la Marie Chiff'mine »

La conteuse Marie Chiff'mine à été la reine de la grande fête des pommes cette année. Elle, qui consacre sa vie à créer et raconter des histoires, a  cette fois créé et raconté une pomme , sa pomme, « la Marie Chiff'mine » :

    IL ÉTAIT UNE FOIS ...UNE POMME !

Il était une fois ...une pomme !
Cela commence comme une histoire ! Et pour cause, la jardinière est conteuse !
Et comme la conteuse est jardinière, elle sillonne les fêtes de la nature avec ses contes et ses chants qu'elle sème à tous vents.
Voilà qu'un jour de novembre 2005 , elle fait une p'tit tour à la fête de la pomme à Quévert (22) !
Ce jour-là, une pomme du nom Rosalie trône sur une assiette. C'est normal, c'est la fête de la pomme et toutes les pommes de Bretagne sont plutôt dans leur assiette ce jour-là !
Monsieur Louis Martin se cache derrière un étal de pots, de terre et de pépins. Il invite les passants à semer les pépins de la pomme Rosalie !
              « Pépin par ci, pépin par là
              Où le pépin ira, la bonne amie sera ! »

C'est ce que dit la comptine! Mais là, il n'est pas question de lancer ce pépin n'importe où !
Elle rapporte délicatement le pépin, couché dans un petit pot de terre à Landujan (35). Un coup d'oeil de temps en temps doit être de rigueur ! La conteuse ne manque pas de lui chanter des chansons quand elle passe près du petit pot. « Quand tu m'disais Rosalie, que tu m'aimais Rosalie, moi, je croyais Rosalie que... c'était ...vrai ! »
Et c'est ainsi qu'elle a semé ce pépin pour que son amour pour le monde prenne racine
Ayant suivi les instructions secrètes des « Mordus d'la pomme », le pépin avait germé au lendemain de l'hiver ! Alors, elle l'a mis dans un plus grand pot ! Le pépin germé a du pot !
Il a poussé...tant et tant qu'il a fallu un autre pot plus grand ! C'est que le pommier poupon grandit ! Il grandit tant et tant qu'il a fallu un jour lui laisser la liberté du jardin.
Dring,dring ! Au bout de quelques années, le printemps a sonné plus fort que d'habitude. Le petit pommier a ouvert un œil, puis deux, puis trois, quatre. Et voici 4 fleurs bien souriantes !
De fleur en pomme, l'automne lui a donné quatre belles pommes !
La famille de la conteuse a goûté : Miam ! Délicieuse, excellente, douce... les compliments n'en finissent pas. Le pommier est content ! Il va le prouver dans les années suivantes en offrant année après année de plus en plus de pommes. Le temps passe et le pommier fructifie !
En retournant à la fête de la pomme en 2013, la conteuse révèle sa pomme aux « Mordus de la pomme ». Jean-François Aubert la goûte et confirme son délice. Il lui demande son nom : Marie Chiff'mine. Tous les beaux yeux et toutes les grandes dents des « Mordus de la pomme » s'illuminent soudainement devant sa corbeille de pommes !
Les Mordus d'lapomme bichonnent la pomme et la regardent sur toutes les coutures !
« Oh, qu'elle ressemble bien à sa maman Rosalie... » dit Emile derrière son étal de semis de pépins de hasard.
Mais, elle a ses différences comme tous les enfants ! http://37.59.58.36/conservatoire/pommes/marie-chiffmine La nouvelle fait le tour de toutes les assiettes et hop ! La voici complice des autres pommes de la catégorie des pépins de hasard.
« On peut compter le nombre de pommes dans un arbre
mais l'on ne peut jamais compter le nombre d'arbres dans une pomme. »

C'est ce que dit le proverbe... et la vie aussi !
Comme quoi la fête de la pomme de Quévert contribue vraiment à la biodiversité et à la continuité du patrimoine fruitier de Bretagne !
Marie Chiff'mine sera présente pendant toute la fête de la pomme 2014 pour témoigner avec l'art du conte autour de cette nouvelle pomme : Marie Chiff'mine.
Guettez le programme : balade contée, spectacles de contes et témoignage conté.
Bravo et merci à l'association des « Mordus de la pomme » ! 

Signé : Ma pomme, Marie Chiff'mine

Les brouettes de Marie Chiff'mine
Les brouettes de Marie Chiff'mine
MARIE CHIFF'MINE M'A CONTÉ

Regard souriant, mais surtout vif

Une ligne de trois barrettes ornées de roses rouges ordonne les cheveux gris foncés, des petites pommes en verre aux oreilles, elle nous entraîne dans le jardin voir « son » pommier : à partir d’un « pépin de hasard » trouvé à une rencontre des « Mordus de la pomme »,  Marie a obtenu un arbre qui lui a donné dès la première année des pommes sucrées et douces. Elle nous dit avec malice  que ses pommes sont meilleures que la pomme-mère, elle nous montrera sa récolte de cette année de six belles pommes.

Son jardin ? Des feuilles rouges de bettes voisinent avec les salades, des panais, tiens, ici des tournesols finissent de sécher, là deux ou trois cosmos se dressent entre les légumes, des panais et autres légumes oubliés, des orties – Marie est intarissable sur les orties, les personnes en France et ailleurs qui défendent la plante à consommer en soupe, ou à utiliser en bouillie pour protéger les plants ou les arbres -  Oh ! Une théière oubliée au milieu des légumes ? Non, une petite plante s’y cache.

Bassines et arrosoirs en zinc jalonnent le chemin qui mène à la maison. Et les brouettes ? Elles meublent la pièce à vivre, une douzaine chinées çà et là,  certaines peintes en bleu, en rouge ou laissées en bois naturel, elles ont  différentes formes et portent le nom des hommes et des femmes qui les ont utilisées, des coussins colorés  habillent certaines. Marie les utilise lorsqu’elle conte, elles transportent son décor mais sont sûrement chacune un personnage.

Marie raconte, celle-ci vient de… telle autre a été réparée par un voisin…

Les brouettes ont autrefois transporté des légumes, des brassées de fagots,  des gerbes de foin ou de blé… Elles transportent aujourd’hui les contes de Marie Chiff’mine…

Un parfum délicieux chatouille nos narines, Marie a adapté un kig a farz en potée Chiff’mine avec des bettes et bien sûr des panais, un farz de sarrasin et de farine de maïs… Au dessert bien sûr des beignets de pomme.


Bon vent Marie Chiff’mine sur les routes d’ici et d’ailleurs ! Conte bien les gens et leurs jardins insensés et emmène nous dans les beautés simples !


Jicky Baron

 





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Pas de pesticide pour elle. Apparue en Occident par un mélange de productivisme et d'argent fou, devenue rapidement un fléau planétaire, la pac, la peste agrochimique, est d'autant plus redoutable qu'elle a, avant d'empoisonner les agriculteurs et ouvriers qui la côtoient ou contaminer la chaîne alimentaire de la terre à l'assiette, infecté gravement les esprits. Pour les paysans qu'elle a sortis de la misère il y a un demi-siècle, elle reste une croyance exploitée sans vergogne par des prêcheurs mercantiles qui les poussent à surproduire avec l'appui de la FNSEA, cet étrange syndicat qui détruit ses propres adhérents, et celui de l'Union européenne qui s'est toujours couchée jusqu'ici devant le monstre Bayer-Monsanto et autres  empoisonneurs. Contre la peste agrochimique et les multiples maux des industries cyniques, un seul traitement : une double dose massive de mouvement citoyen et de courage politique. Il en existe des stocks inemployés.

Michel Rouger

19/10/2017

Nono