Amériques

Rolando, le courageux vendeur de Trinidad


08/08/2013



Voici le dernier récit que vient de transmettre à Histoires Ordinaires notre ami de Trinidad Juan Lazaro Besada. Un récit qui éclaire la vie quotidienne cubaine, comme tous ceux publiés sur son blog Hola desde Cuba, avec l'humanisme propre à l'auteur : Juan Lazaro a une grande estime pour Rolando, le vendeur ambulant de produits alimentaires. 

Rolando, le courageux vendeur de Trinidad
Trinidad a beaucoup de secrets et d'histoires qui méritent d’être connus.
 
L'une de ses caractéristiques est la prolifération de vendeurs de produits alimentaires, spécialement de pain et autres produits agricoles, qui, utilisant de rustiques palettes ou les casiers de leurs tricycles, parcourent la ville pour vendre leurs marchandises et gagner ainsi leur pain quotidien.  
 
Aujourd'hui, je veux vous parler d'un de ces vendeurs. Car, croyez-le amis lecteurs, ce métier est très lucratif. Comme, en certaines occasions, les magasins sont insufisamment fournis en produits alimentaires pour satisfaire les besoins de la population, exercer ce métier a une connotation sociale importante. Puisque, comme le dit le langage populaire, « sans manger, on ne peut pas vivre ».
 
Rolando, tel est son nom, est un homme jeune, fort, sympathique et toujours joyeux. Avec sa grande taille, bien bâti, des mains façonnées par et pour le dur labeur, il a le charme de la simplicité qui cache un héroïsme sans ostentation. Sa vie a été un mouvement constant, une incessante lutte pour aller mieux, accéder à la conquête d’un meilleur futur.
 
Né à Guasimal, village situé à environ 70 km de Trinidad, il n’est pas un de ces cubains qui traversent l’existence sans chercher à devenir de meilleur. Il a étudié à Sancti Spiritus puis, en 1997, a obtenu un diplôme de Technicien en Agronomie, métier qu’il a exercé jusqu’en 2004 dans un petit hameau appelé Banao, à quelque 60 km de Trinidad. Ensuite, il a travaillé comme fonctionnaire du Syndicat Municipal des Travailleurs Agricoles, puis, en 2007, administrateur d’une organisation de gastronomie.

Rolando, le courageux vendeur de Trinidad

Révolutionnaire et travailleur indépendant

Comme tout jeune de son époque, Rolando n’a pas échappé à la séduction du progrès révolutionnaire et, en 2008, a été durant quelques mois, fonctionnaire à l’Union de Jeunes Communistes de la commune de Trinidad. A cause de quelques incompréhensions liées à son besoin de trouver un logement en ville, car il habitait jusqu'alors à Banao, il a décidé d'abandonner ce poste pour venir s’installer définitivement à Trinidad. Il voulait améliorer ses conditions de vie et s’approcher de sa mère qui habite dans la ville. 
 
Cette même année 2008, pour des raisons économiques, car les bas salaires de l'État ne couvraient pas les besoins d'une existence digne, et étant jeune, Rolando a décidé de commencer à travailler pour lui-même. D’abord, dans une entreprise privée de glaces dans laquelle, selon ses propres dires, « il gagnait une bonne somme d’argent ». Mais finalement, l’année suivante, il a décidé de profiter de la possibilité donnée par l’État d'obtenir une patente et d'exercer une activité indépendante. Et il a choisi de devenir ce qu’il est aujourd’hui, vendeur de produits agricoles.
 
Les raisons fondamentales de cette décision, comme il l’avoue lui-même avec ce sourire qui illumine toujours son visage, tiennent à son envie  d’avoir une indépendance totale. Il aspire à être son propre chef, à travailler dans une liberté absolue, sans les entraves à l'application des décisions personnelles. Rolando aime l’indépendance. Il n’a pas fait ça pour des raisons uniquement économiques. Il n’arrête pas de s’étonner en rappelant, avec une franchise absolue, qu’il n’est pas né pour être dépendant de quelqu’un. 

Rolando, le courageux vendeur de Trinidad

Par tous les temps

Au moins deux ou trois fois par semaine, il va dans les hameaux proches de Trinidad pour acheter les produits qu’il vend ensuite en ville. Il est évident qu’il achète directement aux producteurs pour vendre en ville à un prix plus élevé d’où proviennent ses gains. Mais ceci suppose une bonne dose d’effort personnel car le transport est difficile. Croyez-le, à certaines occasions, il doit revenir avec n’importe quel véhicule, chargé des sacs de produits qu’il vendra plus tard. Ceci implique de se lever très tôt le matin et, par tous les temps, de marcher sur des distances souvent supérieures à 10 km en portant des charges qui ne sont pas adaptés aux hommes n'ayant pas une bonne condition physique. 
 
Ceci est peut-être la plus lourde tâche quotidienne qu’il doit accomplir. Pour ceux qui ne connaissent pas ce genre d’efforts, croyez bien que c’est un défi pour la volonté. Le voir presque tous les jours sur son tricycle en train de proposer ses marchandises, les bananes plantains, avocats, oignons et autres produits agricoles, est devenu pour moi une belle représenation de l’effort humain qui donne de la dignité à l’existence grâce à la sueur du travail. Rolando est de la lignée des Cubains pour lesquels la vie est un défi, et il l’assume avec un sourire et un esprit qui suscitent l’admiration. 
 
Sa maison, grande et spacieuse mais qui aurait besoin de réparations pour être réellement confortable, se trouve dans une de ces vielles ruelles de Trinidad où la vie est plus simple, rudimentaire. Il vit avec sa compagne et le père de celle-ci, une vénérable personne âgée qui, à 92 ans, conserve encore une lucidité et une vitalité étonnantes.

Rolando, le courageux vendeur de Trinidad

Toujours prompt à aider

Rolando n’aime pas les boissons alcoolisées. Par contre oui, il est amoureux des femmes et en certaines occasions aime la danse. Néanmoins, pour se distraire, il préfère quelques jeux comme les dames chinoises ou la loterie. N'ayant pas d’enfants, même si sa compagne en a, il ne pense pas aux responsabilités de la paternité malgré le fait d’être un père pour les fils de sa compagne.
 
Il m’avoue, avec une fierté non exempte de cette sincérité puérile et de cette honnêteté des hommes du peuple, qu’il se considère révolutionnaire, même si, selon lui, le futur économique du pays est incertain et pour le dire avec ses propres mots : « moche ».
 
Ami fidèle et sincère, de ceux qui ne s’arrêtent pas devant les obstacles, Rolando bénéficie de l’affection de beaucoup de personnes dans le quartier. Un de ses amis actuellement résident en Suisse, l’appelle même au téléphone pour le consulter sur de nombreuses  et importantes décisions. Rolando l’aide sans en tirer un quelconque intérêt, toujours prêt à servir celui qui lui demande de l'aide. J’ai été témoin des nombreux aller-retour qu’il a fait pour aider la mère de cet ami pour l’achat et l'aménagement de son nouveau logement, et je ne compte pas les occasions dans lesquelles il répond à mon appel pour m’aider dans ces petits contretemps du quotidien qui sont habituellement si ennuyeux. 
 
Lorsque je lui ai demandé de se définir soi-même, il a répondu sans aucune hésitation comme s’il était en train de sculpter son propre épitaphe : « Je suis un homme pratique ». Il aspire à ce que l’on se rappelle de lui comme un cubain authentique et sympathique.
 
Ainsi est Rolando, ce vendeur de produits agricoles qui jamais, qu’il fasse froid ou chaud, ne délaisse sa tâche quotidienne et qui s’empresse, avec un dévouement passionné qui ne connaît aucun obstacle, de rendre la vie plus digne. 

Traduction : Rocio Guerrero
(Intertitres : Rédaction d'Histoires Ordinaires)



Texte original : 

                             De dirigente a vendedor, un hombre de trabajo


 

De dirigente a vendedor. Un hombre de trabajo.
 
Trinidad tiene muchos secretos e historias que merecen ser conocidos. Una de sus características es la proliferación de vendedores de productos alimenticios, especialmente de pan y productos agrícolas que, bien en tarimas rústicas o en triciclos provistos de cajones, recorren la villa para vender sus mercancías y así ganarse el diario sustento.
 
De un de esos vendedores quiero hablarles hoy. Porque, créanlo, amigos lectores, es muy lucrativa esta profesión. Como las tiendas en ocasiones no están bien provistas de productos alimenticios que satisfagan las necesidades de la población, el ejercicio de esta profesión tiene una connotación social importante, ya que, como se dice en lenguaje bien cubano y popular: “sin comer no se puede vivir”.
 
Rolando, que ese es su nombre, es un hombre joven, fuerte, simpático y siempre alegre. Con su estatura alta, de complexión fornida y manos hechas al trabajo duro, tiene ese encanto de la simplicidad que esconde una heroicidad sin pompa. Su vida ha sido un constante movimiento, una incesante lucha por mejorar, por acceder a la conquista de un futuro mejor.
 
Nacido en Guasimal, un pueblo situado a unos 70 kilómetros de Trinidad, no es de esos cubanos que pasan por la existencia sin haberse dedicado a ser mejores. Estudió en Sancti Spiritus y luego, en 1997 se graduó de Técnico Medio en Agronomía, profesión que ejerció hasta el año 2004 en una pequeña población llamada Banao, a unos 60 kilómetros de Trinidad. Luego, pasó a desempeñarse como funcionario del Sindicato Municipal de Trabajadores Agrícolas y posteriormente como administrador de una entidad de la gastronomía en el 2007.
 
Como joven de su época, Rolando no escapó a la seducción del proceso revolucionario y en el año 2008 fue funcionario político de la Unión de Jóvenes Comunistas en el municipio Trinidad durante unos meses y, por algunas incomprensiones con su necesidad personal de hallar una vivienda en la villa, decidió, pues hasta ese momento vivía en Banao, dejar esta posición y venir a radicarse definitivamente en Trinidad, pues quería mejorar sus condiciones de vida y acercarse a su madre, la cual vive en la villa.
 
En el propio año 2008, motivado por razones económicas, pues los bajos salarios estatales no le daban cobertura para tener una existencia digna, debido a su juventud, Rolando decidió comenzar a trabajar por cuenta propia. Primero, en una fábrica de helados particular, en la cual, según sus propias palabras, “ganaba buen dinero”. Pero finalmente, al año siguiente, decidió aprovechar la posibilidad que daba el Estado para tener patentes para ejercer el trabajo por cuenta propia y decidió dedicarse a ser lo que hoy es, vendedor de productos agrícolas.
 
Las razones fundamentales de esta decisión, como él mismo me confiesa con esa sonrisa que siempre alumbra su rostro fueron su afán de tener absoluta independencia, pues anhela ser su propio jefe y trabajar con absoluta libertad, sin ataduras que le coarten el ejercicio de sus decisiones personales. Rolando ama la independencia y aunque no hizo esto movido por razones meramente económicas, no deja de asombrarme cuando refiere, con absoluta franqueza, que él no nació para depender de nadie.
 
Al menos dos o tres veces a la semana, va a los poblados cercanos a Trinidad para comprar los productos que luego vende en la ciudad. Es obvio, que compra directamente a los productores, para luego venderlos en la villa a un precio más elevado, de donde extrae sus ganancias. Pero esto supone una buena dosis de esfuerzo personal, pues la transportación es difícil y no crean ustedes, que en ocasiones debe regresar en cualquier vehículo y además, cargado con los sacos de productos que posteriormente venderá. Esto implica, levantarse muy de madrugada, a despecho de las condiciones climatológicas, caminar distancias en ocasiones superiores a los 10 kilómetros y cargar con pesos poco aptos para hombres que no posean una condición física envidiable.
 
Es esta, acaso, la más pesada faena diaria que debe acometer. Y para quienes no saben de estos esfuerzos, crean que es un desafío a la voluntad.
 
Verlo casi a diario sobre su triciclo, proponiendo sus mercancías tales como plátanos, aguacates, cebollas y otros productos agrícolas, se ha vuelto para mí  una hermosa imagen del esfuerzo humano por dignificar la existencia con el sudor del trabajo. Rolando es de esa estirpe de cubanos para quienes la vida es un desafío y la asume con una sonrisa y un espíritu tales, que causan admiración.
 
Su casa, grande y espaciosa, pero necesitada de reparaciones para hacerla realmente confortable, se encuentra en uno de esos viejos callejones trinitarios donde la vida es más sencilla y primitiva. Vive con su compañera y el padre de ella, anciano venerable que a los 92 años de edad conserva una asombrosa lucidez y vitalidad.
 
Rolando no gusta de las bebidas alcohólicas. Sí que es muy enamorado y en ocasiones bailador, pero prefiere algunos juegos de mesa como las damas o la lotería para distraerse. Como no tiene hijos, aunque su compañera sí, él no piensa en las responsabilidades de la paternidad, aún cuando sea un padre para los hijos de su compañera.
 
Me confiesa, con un orgullo no exento de esa pueril sinceridad y honradez de los hombres de pueblo, que se considera revolucionario, aunque a su juicio el futuro económico del país es incierto y, para decirlo con sus propias palabras, “feo”.
 
Amigo leal y sincero, de esos que no se detienen ante obstáculos, Rolando disfruta del aprecio de muchas personas en el barrio. Incluso, uno de sus amigos, actualmente residente en Suiza, le llama por teléfono para consultarle numerosas decisiones de peso y Rolando le ayuda sin interés alguno, siempre dispuesto a servir a quien le pida una colaboración. He sido testigo de cuántas idas y vueltas ha dado para ayudar a la madre de este amigo en la compra y habilitación de su nueva vivienda, sin contar las ocasiones en que acude a mi llamada para ayudarme con esos pequeños contratiempos de la cotidianeidad que suelen ser tan molestos.
 
Cuando le pedí que se definiera a sí mismo, me respondió sin vacilación alguna, como si estuviese esculpiendo su propio epitafio: “soy un hombre práctico”  Anhela que le recuerden como un cubano rotundo y simpático.
 
Así es Rolando, este vendedor de productos agrícolas que jamás, haya frío o calor, abandona su diario quehacer de vender sus mercancías y que se afana, con esa entrega apasionada de quienes no reconocen obstáculos, para que su vida sea más digna.
 





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Pas de pesticide pour elle. Apparue en Occident par un mélange de productivisme et d'argent fou, devenue rapidement un fléau planétaire, la pac, la peste agrochimique, est d'autant plus redoutable qu'elle a, avant d'empoisonner les agriculteurs et ouvriers qui la côtoient ou contaminer la chaîne alimentaire de la terre à l'assiette, infecté gravement les esprits. Pour les paysans qu'elle a sortis de la misère il y a un demi-siècle, elle reste une croyance exploitée sans vergogne par des prêcheurs mercantiles qui les poussent à surproduire avec l'appui de la FNSEA, cet étrange syndicat qui détruit ses propres adhérents, et celui de l'Union européenne qui s'est toujours couchée jusqu'ici devant le monstre Bayer-Monsanto et autres  empoisonneurs. Contre la peste agrochimique et les multiples maux des industries cyniques, un seul traitement : une double dose massive de mouvement citoyen et de courage politique. Il en existe des stocks inemployés.

Michel Rouger

19/10/2017

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