Loisirs

Robert, 130 000 vinyles et un rêve


03/01/2011

À 67 ans – comme Johnny – Robert Lacire voudrait bien réaliser son rêve : rassembler ses 130 000 disques vinyles dans un conservatoire. Un lieu de mémoire à partager.




Une pièce complète, ici... plus quatre garages
Une pièce complète, ici... plus quatre garages
Est-ce un bureau? Un studio? Tapissée de centaines de disques vinyles dans leurs pochettes surannées, la pièce que Robert Lacire a aménagée dans son appartement rennais tient plutôt de la tannière. Ou alors du QG. C'est d’ici qu'il pilote l'ambition de sa vie: rassembler dans un conservatoire les quelque 130 000 vinyles dispersés aujourd'hui dans quatre garages.

Robert, 130 000 vinyles et un rêve

Le coup de cœur d’un soldat rockeur

Né trois semaines avant Johnny Hallyday, au printemps 1943, Robert Lacire ressent, un jour à Alger, un coup de cœur en tombant sur un disque du guitariste Chet Atkins. Le soldat de 20 ans, plongé dans la bizarre transition qui suit l’indépendance algérienne, en 1962, joue plus aisément de la guitare que du fusil : avec des amis, il a monté un groupe de rock, «Les Kakis», Chet Atkins est l’une de ses idoles : il en aura d’autres… 
 
 Après l’armée, le jeune ouvrier est bien décidé à vivre de sa passion, la musique, plutôt que de bosser en atelier. Rapidement, il se retrouve DJ à Paris où il croise Gainsbourg, Polnareff, Jacques Martin… À l’été 1968, il ouvre un bar, « Le Country », à Dinan. Celui-ci, malheureusement, disparaît dans un incendie qui engloutit aussi de nombreux disques. Robert Lacire part tenter sa chance à Rennes : il ouvre un premier magasin, puis un second, puis un troisième qui tient onze ans. 

De tous les genres
De tous les genres

Par centaines

Le secteur du disque est en plein chambardement : le collectionneur se révèle alors pour de bon. Robert Lacire rachète par dizaines et parfois par centaines les vinyles abandonnés au profit du CD. Les 45, 33 mais aussi 78 voire 16 tours… Des galettes de tous les genres, du classique à la variété, et de la chanson au document sonore (Kennedy, De Gaulle, Lénine...) s’accumulent même si l’intérêt de Robert Lacire pour Elvis Presley, Cliff Richard (« mon idole ») les Beatles ou les géants du jazz se manifeste en bonne place. 
 
 « Il est né là-dedans, commente son ami Louis Laurent de passage cet après-midi ; il garde la mémoire d’une époque où la sortie d’un disque avait quelque chose de grandiose, où une pochette pouvait être elle-même une création : certaines ont d’ailleurs, aujourd’hui, plus de valeur que le vinyle... » 
 
 Louis Laurent est le secrétaire de l’association « Disques et Musiques ». Elle a été créée en 1999 pour porter le grand projet de l’étonnant collectionneur : partager avec le public, au sein d’un conservatoire, la mémoire ainsi accumulée. Sans écarter le mécénat, il cherche à intéresser une collectivité locale en quête d’animation culturelle ou touristique, qui pourrait mettre à sa disposition un lieu de quelque 300 m2. En vain pour l’instant.

« Ma mémoire plus la vôtre »

Robert, 130 000 vinyles et un rêve
Robert Lacire était agent d’entretien ces dernières années dans un Foyer des Jeunes Travailleurs ; après avoir travaillé cinquante-deux ans, il est  aujourd’hui retraité et vit avec une pension modeste. Pour aider à la réalisation de son projet,  ne pourrait-il pas monnayer une partie de la collection ? Hors de question ! « Je préfère être moins riche et laisser une mémoire », dit-il. En ajoutant modestement : « Ma mémoire plus la vôtre, ça peut faire une grande mémoire… » 
 
Cette dernière phrase résume assez bien tout le personnage qui n’a rien du collectionneur solitaire. Si le conservatoire voit enfin le jour, Robert Lacire choisira sûrement, entre multiples animations, la formule du quiz qu’il utilise régulièrement dans des fêtes de quartier et autres soirées amicales. Passer par exemple une chanson américaine et chercher avec le public la chanson française qu’elle a inspirée. Et inversement. N'hésitez pas d'ailleurs à le contacter, pour des expositions musicales, des soirées dansantes (tél. 06 87 01 62 43).
 
Sur de gros dossiers qu’il ne demande qu’à ouvrir à tous, il a couché ainsi un immense savoir à côté de son amour pour le vieux disque toujours vivant, « au son profond, au relief si différent »… , qu’il continue de caresser de braderies en brocantes et de ramener près de lui.   
 
Michel ROUGER. 
Photos Christophe LEMOINE.
 





1.Posté par Patrig le 16/01/2011 12:55
il y a du vivant, c'est un beau projet

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​Peste moderne

Pas de pesticide pour elle. Apparue en Occident par un mélange de productivisme et d'argent fou, devenue rapidement un fléau planétaire, la pac, la peste agrochimique, est d'autant plus redoutable qu'elle a, avant d'empoisonner les agriculteurs et ouvriers qui la côtoient ou contaminer la chaîne alimentaire de la terre à l'assiette, infecté gravement les esprits. Pour les paysans qu'elle a sortis de la misère il y a un demi-siècle, elle reste une croyance exploitée sans vergogne par des prêcheurs mercantiles qui les poussent à surproduire avec l'appui de la FNSEA, cet étrange syndicat qui détruit ses propres adhérents, et celui de l'Union européenne qui s'est toujours couchée jusqu'ici devant le monstre Bayer-Monsanto et autres  empoisonneurs. Contre la peste agrochimique et les multiples maux des industries cyniques, un seul traitement : une double dose massive de mouvement citoyen et de courage politique. Il en existe des stocks inemployés.

Michel Rouger

19/10/2017

Nono