Migrants

Pour Touré Vakaba, la diversité est un cadeau


04/12/2015

Touré Vakaba est arrivé de Côte d'Ivoire à Paris, il y a tout juste seize ans. Il avait alors 30 ans et un idée en tête, tenter de poursuivre une carrière sportive bien engagée au pays. Itinéraire mouvementé d'un jeune footballeur ivoirien de confession musulmane qui aime la France et croit, malgré tout, au contrat d'intégration de la République.




Pour Touré Vakaba, la diversité est un cadeau
« Ma passion c'est le foot, confie d'emblée Touré Vakaba. J’ai commencé à l’âge de 13 ans d’abord dans les équipes de quartier jusqu'au championnat de Côte d'Ivoire, en 1° division. »
 
« Chez moi, je n’étais pas dans la misère », tient-il à préciser. Sa famille est plutôt aisée. Son père est propriétaire d'une compagnie de cars qui assurent le transport des personnes entre Abidjan et les principales villes du pays. Il est chef coutumier reconnu par l'État depuis 2004 : « Une sorte de médiateur social. » Sa mère - décédée il y a deux ans -  faisait du commerce international. Après ses études d'électronique, Touré a travaillé une dizaine d'années en usine puis dans l'entreprise paternelle. « Il fallait m'assurer un revenu en parallèle du foot car il n'y a pas d'équipe professionnelle en Côte d'Ivoire », explique-t-il.

A l'instar de plusieurs de ses frères et sœurs qui ont émigré aux Etats Unis, Touré veut découvrir le monde. « Je ne parlais pas assez bien l'anglais pour les rejoindre. En revanche comme tous les Ivoiriens je maîtrise bien le français que je parle depuis l'âge de 6 ans. Et je connaissais toutes les régions de France à travers leurs équipes de foot. » 

Sortir du travail clandestin.

Touré entre en France avec un visa d’un an. Il parvient rapidement à faire apprécier ses talents d'entraîneur dans les clubs de foot amateurs mais pas si simple d'en faire une activité professionnelle, surtout à 30 ans et souffrant des séquelles de nombreuses blessures de jeu. A l'expiration de son visa, il s'accroche : pendant trois ans il est travailleur clandestin. « C'est un ami juif, responsable d'une équipe de foot, qui m’a aidé à avoir mes documents. »

Muni de son précieux permis de travail, Touré ne veut pas se laisser enfermer dans la spirale des emplois précaires de ménage ou dans la sécurité. Alors il s'inscrit à l'AFPA et obtient une formation de technicien de maintenance au centre de Saint-Malo.
 

La Bretagne un havre de paix !

Depuis qu'il est en France, Touré a mis sont charisme d'entraineur au service du football amateur.
Depuis qu'il est en France, Touré a mis sont charisme d'entraineur au service du football amateur.
« En Bretagne J’ai trouvé un environnement  tellement différent de celui de la région parisienne. Ici tout est réuni pour s'épanouir. » Il y rencontre sa compagne. Ensemble ils élèvent leur petite fille Kady, âgée aujourd'hui de 6 ans et Robin, son beau-fils. Pendant les vacances scolaires, ses deux fils de 10 et 12 ans qui vivent avec leur mère à Paris, les rejoignent. « Nous vivons, précise Touré, comme toutes les familles recomposées françaises. »

Je pratique tranquillement ma religion.

Quand il parle de ses enfants, Touré Vakaba, immigré de religion musulmane et pratiquant, exprime sa préoccupation face aux évènements mais aussi sa confiance dans l'avenir, fondée sur son expérience et son éducation.

« Mon pays, la Côte d'Ivoire, se compose de soixante-deux ethnies parlant autant de langues différentes. Tu imagines ce que c'est quand le politique se base sur l’ethnie et qu'en plus s’ajoutent les divisions religieuses entre Musulmans et Chrétiens (représentant chacun 45 % de la population) qui coïncident aussi avec les partitions territoriales nord/sud du pays… Mais heureusement, c’est une république laïque et le pays a tout pour être prospère.  Touré Vakaba a bon espoir en la politique de réconciliation menée par Alassane Ouattara « qui vient d'être réélu président et acquière ainsi une légitimité démocratique...» 

"Républicain" et se positionnant clairement "à gauche" (en France il a adhéré au parti socialiste), Touré Vakaba est fidèle en même temps à sa religion qu'il pratique « tranquillement » comme il le dit lui même, en en respectant les règles essentielles. 

« A 5 ans j'ai fait un an à l’école coranique pour apprendre les sourates de la prière, avant d’aller à l’école publique. Aujourd'hui, regrette-t-il, on n’a plus besoin de l’école coranique : les écritures sont diffusées par internet. La majorité des personnes qui ne sont pas passés par l’école coranique vont sur internet. »  Et pour lui c'est une source de graves dérives.

« Je pratique mes cinq prières par jour et respecte les commandements de l’Islam : pas d’alcool, pas de porc, pas de cigarette, le jeune du ramadan mais aussi le partage, la solidarité...»  Et, en riant : « Tu sais la religion m’a beaucoup apporté en terme d'hygiène de vie.  A mon âge je cours plus vite que les jeunes que j’entraîne… »
 
Il précise encore : « Je ne suis pas très assidu à la mosquée. J’y vais seulement chaque vendredi. Le reste du temps je fais mes prières seul, à la maison. Ainsi j’évite les mauvaises rencontres. » Et de réagir à mon étonnement : « ​Dernièrement, alors que je rentrais à la mosquée, un Français converti m’a demandé pourquoi je portais au cou une chaîne en or. Je lui ai répondu du tac au tac : "mais tu es un converti. Moi je connais l’Islam depuis que je suis né. Tu ne vas pas m’apprendre les fondamentaux de ma religion !  Dorénavant tes prêches et tes remarques tu gardes ça pour toi. J’en sais plus que toi". »

Touré Vakaba et son père, chef coutumier.
Touré Vakaba et son père, chef coutumier.

Une éducation sur les fondamentaux du Coran, pour se prémunir des sectes.

Pour éviter que ses enfants soient exposés au risque sectaire, Touré a voulu leur transmettre les bases de sa religion : « Mes enfants connaissent le Coran. Quelqu’un est venu à la maison pour leur apprendre les fondamentaux du Coran. Mais je ne leur impose rien. Ma fille, quand je déploie mon tapis à prière, vient se poser à côté de moi, tranquillement. Mes enfants m’ont toujours vu prier et quand ils le veulent ils m’accompagnent à la mosquée.

Moi je ne mettrai pas le voile à ma fille. Bien sûr, elle peut le décider elle même… A sa majorité je n’aurai plus de pression sur elle. Mais si elle venait à le porter, je lui demanderais "qu’est ce qui te fait décider ça ?... Je ne crois pas que cela arrivera car je suis derrière, pour poser les jalons.
» 

Même attitude vis à vis de sa compagne qui est catholique mais pas pratiquante. « Je ne lui interdis rien. Elle peut manger du porc comme elle veut. Et quand on reçoit ses parents, je leur sers de la bière... Récemment elle a perdu son frère qui s’est suicidé. Elle est venue vers moi et m’a dit : "J'aimerais que tu fasses des prières pour moi et mon frère." Elle avait besoin de ce réconfort. »

Cette éthique, c'est son père qui la lui a transmise : « Lui qui est chef coutumier n’a jamais imposé quoi que ce soit à ses enfants. Je marche sur ce chemin-là»

Et de poursuivre : « On est en France et on ne vient pas changer les us et coutumes. On appelle ça l’intégration... Mais sans s’écarter de son propre chemin. Moi j’ai la chance de bénéficier des deux cultures. La diversité c’est un cadeau, j'en profite largement. »

A chaque retour, il apporte des équipements pour les jeunes d'Abidjan
A chaque retour, il apporte des équipements pour les jeunes d'Abidjan

Au bout de six années, la mairie ne renouvelle pas son contrat

Intégré, Touré Vakaba veut l'être complètement même si le chemin est parsemé d'embuches. Malgré sa formation de technicien, il n'a pas pu accéder à un emploi durable en maintenance. Et s'il travaille depuis six ans comme veilleur de nuit dans une maison de retraite du CCAS de Saint Malo, c'est en contrat précaire, renouvelé chaque année... ou pas ! Il y a un mois, en rentrant  d'Abidjan où, reconnaît-il, il a « le privilège de retourner régulièrement », une lettre l'attendait lui annonçant sèchement que son contrat ne serait pas renouvelé en Janvier. « Comme quatorze autres collègues », s'empresse-t-il de dire, histoire de ne pas s'appesantir sur son cas.

Sans se bercer d'illusions, Touré Vakaba fait preuve d'une sorte d'optimisme militant. « Je suis sûr que d'un mal sort toujours un bien... Je l'ai rappelé à ma compagne quand elle s'est effondrée en pleurs à la lecture de la lettre de la mairie. Voilà l'occasion pour moi de mettre en route un projet d'entreprise : avec l'aide d'un ami, je viens de rédiger les statuts de ma société de transit import/export de produits de Côte d'Ivoire» 

Un chemin d'intégration ?

Voila donc seize ans que Touré Vakaba a choisi la France comme terre d'élection. Il a fait profiter bénévolement de ses compétences d'éducateur sportif plusieurs générations de jeunes. Il a mis solidairement son énergie et son charisme au service de ses compatriotes immigrés africains en animant en Bretagne et à Paris deux associations culturelles et d'entraide. Il assure avec attention et ouverture la bonne éducation de ses enfants. Tout cela sans jamais cesser de travailler, en emplois toujours précaires, sans rapport avec sa réelle qualification.

La France en retour vient de rejeter pour la seconde fois sa demande d'acquisition de la nationalité ! Pas de quoi le décourager : « J'adore la France... Et je m'attends toujours au pire !... »

Alain Jaunault

 

Des associations communautaires pour « aider à sécher les lames »

Fidèle à l'un des cinq piliers de l'Islam, le partage solidaire, Touré Wakaba est engagé dans le développement de deux associations communautaires réunissant des Africains émigrés : KAMS, en Bretagne, dont il est président et ASSID (Association des sympathisants solidaires des Ivoiriens de la diaspora) qu'il vient de fonder dans la région parisienne.

« La solidarité est une valeur très forte pour les  Africains, contrairement à l'individualisme Français, relève TouréJe suis président de KAMS depuis deux ans et j'ai impulsé une nouvelle orientation plus culturelle et humanitaire. On fait des manifestations culturelles ouvertes à tous et avec l'argent récolté on soutien des projets de développement scolaires ou de santé dans nos pays d'origine. »
 






1.Posté par TOURE Aminata Epse KONE le 04/12/2015 15:47
Je suis fière de cette intervention de Mr TOURE, ma petite connaissance des castes en Afrique, me fait comprendre son attitude. Un chef ne baisse pas les bras.
Continue d'avoir la foi, reste digne dans tout ce que tu fais. Tes efforts seront récompensés. Naminata Fah sera très fière de toi, suis mon regard!!!

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Le billet de la semaine

​Penelope

On peut le révéler : l'affaire Fillon est finie. Ouvrage il y a eu. Dans la solitude de son château, Penelope tricotait ardemment au coin du feu des chandails et des chaussettes pour les pauvres que son mari opiniâtrement créait à Paris, avec son parti. L'assistante parlementaire assistait. Ça fait cher la pelote mais la laine du mouton noir du natal Pays de Galles n'est pas donnée. Penelope aurait bien aimé aussi, pour l'abbé Pierre, abriter quelques familles sans logement mais il est difficile de cohabiter avec ces gens-là. Comprenons bien que François et Penelope souffrent en ce moment tant ils se sentent en accord avec leur foi catholique qui leur répète que les pauvres sont habillés pour le paradis. Avec Penelope et Les Républicains, prions pour que François Fillon devienne président et applique son programme : développer la pauvreté et aider Penelope à faire sa pelote.

Michel Rouger

01/02/2017

Nono



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