Vu, lu, entendu... Maghreb

Nabila Mounib, leader socialiste et reine du franc-parler


25/06/2014

Du sport, des obstacles, des acteurs de terrain... La matinée avec l'association de développement de la vallée de l'Ourika avait tout pour plaire à Nabila Mounib, la secrétaire générale du Parti Socialiste Unifié. Ce n'est pas sans aimer le sport qu'une femme peut prendre la tête d'un parti politique, au Maroc ou ailleurs...




Au milieu des militants le 13 juin 2014 lors d'un meeting à Marrakech
Au milieu des militants le 13 juin 2014 lors d'un meeting à Marrakech
Nabila Mounib, la cinquantaine jeune et élégante, est solidement armée pour le combat politique. Dans les années 70, alors consul à Oran, son père, juriste et intellectuel engagé, lui fait découvrir le socialisme algérien pendant que sa mère, aristocrate issue d'une grande famille de Fès, s'occupe de ses neuf enfants. « J'avais 14 ans, c'est à ce moment-là que ma conscience politique est née », confie-t-elle à la veille de la matinée dans la vallée organisée par Abdelali Atif, responsable de l'association de développement et en même temps du PSU pour la région de Marrakech.

Au meeting de Marrakech
Au meeting de Marrakech

« Tu es meilleure que moi pour le combat politique »

Après le bac, sitôt rentrée au Maroc, elle est  de toutes les batailles étudiantes. Partie ensuite pour quatre ans à Montpellier préparer son doctorat d'endocrinologie, elle intègre rapidement la section des étudiants démocrates. Et quand elle revient au pays d'Hassan II, c'est pour entrer à l'Organisation de l'Action Démocratique et Populaire (OADP) issu du « Mouvement du 23 mars », ce jour tragique de 1965 où les forces du régime tirèrent sur les jeunes en révolte, faisant des centaines de morts.
 
Symbole et championne de la libération des femmes au Maroc, Nabila Mounib n'en est pas moins reconnaissante envers trois hommes : son père ; son beau-père, compagnon de route de Ben Barka, le célèbre opposant à Hassan II assassiné ;  et son mari. En 1997, après avoir fait une pause en politique au profit de ses deux filles et de son travail de prof de fac, Nabila Mounib se présente aux législatives et son mari aux municipales : « Il m'a dit  "Tu es meilleure que moi pour mener le combat politique, je m'occuperai de mes enfants et de mon boulot". » 
 
« Toute ma famille me soutient », souligne-t-elle. Ajouté à des convictions et une énergie d'un solide métal, ce soutien a été bien investi. Tout en restant syndicaliste de l'enseignement supérieur, Nabila Mounib n'a cessé depuis lors d'agir et de s'imposer dans le monde machiste de la politique marocaine jusqu'à devenir la secrétaire générale du PSU en janvier 2012.

Image d'un meeting PSU
Image d'un meeting PSU

Le roi interpellé…

L'un de ses meilleurs atouts est sa cohérence au sein d'une gauche qui a vite fait de succomber aux sirènes royales. Déjà, en 1996, lors de la réforme constitutionnelle proposée par Hassan II, elle avait été de ceux qui avaient poussé l'OADP, ancêtre du PSU, à voter non. En 2011, dans la même logique, le PSU a boycotté le référendum constitutionnel proposé par le roi dans la foulée du Printemps Arabe marqué au Maroc par les manifestations du 20 février. Réformes illusoires pour le PSU de Nabila Mounib qui réclame une monarchie parlementaire.  
 
Ce n'est pas elle non plus qui succombera de sitôt à l'attrait ministériel. « Pas de participation sans garantie », répète-t-elle, et comme les garanties risquent d'attendre longtemps... Non, la double priorité de Nabila Mounib est de soutenir les jeunes du « Mouvement du 20 février »,  pour lesquels les locaux du PSU à Casablanca sont un refuge  face à la répression, et de rassembler les courants de la gauche radicale. Ça avance... lentement  : en  janvier 2014,  l'Alliance de la gauche démocratique créée en 2007 avec deux autres mouvements est devenue la Fédération de la gauche démocratique.
 
Celle-ci peut en tout cas compter sur l'image et la parole de Nabila Mounib qui s'est fait une place dans les médias. Il est vrai que certaines de ses déclarations font du bruit. L'une reste particulièrement dans les mémoires, prononcée en août 2013 lors du scandale provoqué par la grâce royale du violeur pédophile espagnol Galvan Viña (grâce retirée à la suite du tollé). Nabila Mounib a alors demandé au roi de « présenter ses excuses ».  Qui d'autre aurait osé ?
 
M. R.





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Le billet de la semaine

​Hollanderie

Ça, c'est une vraie hollanderie, dira-t-on un jour. Le terme, expliquera Wikipedia, s'apparente à autodestruction. C'est détruire l'instrument de son pouvoir. Il fait référence au politicien François Hollande, Président de la République (2012-2017), resté dans l'Histoire pour avoir détruit le Parti Socialiste durant son mandat. Onze ans chef du PS (1997-2008) – un record – il incarne aussi l'opération collective de laminage qui a précédé : en économie, la justice sociale sacrifiée à la gestion du libéralisme ; en politique, la bataille démocratique des idées verrouillée au profit de la course aux places. En 2012, sitôt élu Président, il a trahi logiquement ses promesses sociales et appelé près de lui un jeune conseiller libéral, Emmanuel Macron. Lequel, intelligent et ambitieux, l'a lui-même trahi et conquis les bébés PS, jeunes ou déjà vieux, prompts à sentir le vent tourner. Les purs socialistes ont alors entrepris de construire un programme social et écologiste mais il a fallu attendre dix ans, lira-t-on sur Wikipedia, pour que la gauche revienne au pouvoir en battant aux élections de 2027 la droite dure FN-LR et le parti centriste LRM épuisé d'illusions perdues. 

Michel Rouger

21/06/2017

Nono



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