Revenus / Pauvreté

Lise Marie la jeune "Cigalière"


28/04/2011

A un âge où l’accès au travail est difficile et précaire, où les revenus vont avec, où arrivent les premiers enfants et où les plus privilégiés pensent plutôt à acheter leur logement, comment et pourquoi épargner solidaire ? Lise Marie allait peut-être me l’apprendre.




Lise Marie, fleuriste, jeune maman et militante
Lise Marie, fleuriste, jeune maman et militante

Saviez-vous qu’il est des Cigales qui font mentir la fable ? Mois après mois elles épargnent de petites sommes, à la hauteur de leurs moyens.  Et contrairement à la fourmi elles sont prêteuses. Elles n’attendent pas d’intérêt de leur petit capital, en revanche manifestent un très grand intérêt pour des projets innovants, sociaux, soucieux d’écologie et d’humanité, portés par des entrepreneurs de l’économie sociale et solidaire. 

 

J’avais depuis longtemps de la sympathie pour ce mouvement mais, je ne sais d’où venait mon préjugé,  j’imaginais le Cigalier ou la Cigalière sous les traits de gentils bobos cinquantenaires, un brin soixante-huitards, réservant une “part du cœur“ dans leur plan d’épargne retraite. Je fus donc surpris de croiser lors d’une soirée de l’association “horizons solidaires “, à Saint Malo, une toute jeune femme présentant avec enthousiasme le club “Cigales“ qu’elle avait créé avec une quinzaine d’amis.


" Nous sommes les seuls manuels"

Elle m’avait prévenu lors de notre prise de rendez-vous au téléphone elle viendrait avec sa petite fille de 4 mois qu’elle garde chez elle le seul jour de la semaine où elle ne travaille pas. Lise Marie est employée fleuriste et son compagnon charpentier. Elle a  26 ans, lui moins de 30. Donc un jeune couple d’actif dans des métiers manuels qualifiés. À l’image des autre membres du club Cigale ?  « Les seize membres vivent tous en couple et ont au plus 30 ans. On a de plus en plus de « bébés cigales » s’amuse-t-elle. « Ils exercent des métiers variés : médecins, instituteurs, travailleurs sociaux ou animateurs dans l’économie sociale. En fait, revendique en souriant Lise Marie, nous sommes les seuls manuels. » Pour elle, c’est un choix auquel ne la préparait pas directement les aspirations de ses parents ni son cursus scolaire.

 

Lise Marie est titulaire d’une licence pro de grande distribution passée à l’issue d’un parcours classique de l’enseignement agricole : Bac horticole et BTS de technico commercial en produit végétaux. « Mais je m’embêtais dans ces études. Ce n'était pas concret. En revanche, je m’éclatais aux Scouts de France ». Elle y fait un séjour humanitaire au Cameroun. « Je n’avais plus du tout envie, après cette expérience très riche, de faire des études et je ne me voyais vraiment pas en “cadre de la grande distribution“. Il a fallu que mes parents me poussent gentiment mais beaucoup... »


 Ce qu’elle veut c’est agir concrètement, faire quelque chose de ses mains, dans une relation d’échange avec les autres. Il faut donc reprendre à la base le cursus. Elle décide de passer le CAP et BP de fleuriste. « Les fleurs, c’est ma mère qui m’en a donné l’amour : elle est institutrice mais surtout passionnée de jardin. Mon oncle, exploitant en agriculture biologique, y est aussi pour quelque chose... ». 
 

 


L'influence d' Edgar Pisani

Voilà donc pour le métier, mais de là à s’engager pour l’économie solidaire ?  « Après les scouts, j’ai eu la chance de rencontrer le MRJC (Mouvement Rural de la Jeunesse Chrétienne ).» En fait, il y a là une vraie histoire de filiation : « Mes parents se sont rencontrés lors des camps de jeunesse du MRJC ». Et c’est sa sœur ainée, permanente du mouvement, qui l’emmène en 2004 au rassemblement national du mouvement. « J’étais au milieu de plein de jeunes comme moi rassemblée par “l’envie de changer le monde“. » 

 

C’était le thème des journées. « J’ai été particulièrement touchée par l’intervention d’Edgar Pisani qui parlait du développement autrement, cela résonnait avec mon expérience camerounaise ».  Au retour, elle s’engage et accède rapidement à des responsabilités régionales. « Je viens juste de prendre un peu de distance pour élever ma petite fille ».

 

Le MRJC est sa seconde et sa meilleurs école : « On travaille sur des problèmes que l’on rencontre tous les jours : à l’école, au travail, dans le couple… On se pose plein de questionsEt puis on va chercher les autres jeunes autour de nous, sur leur territoire. On réfléchit ensemble à ce que l’on peut faire ici, bien sûr, mais aussi ailleurs. » L’Afrique encore, mais cette fois au Togo.


En Breton dans le texte

Et c’est souvent autour de la question de la création d’activité  - donc d’emplois - dans le milieu rural que se concentrent les réflexions et les projets. C’est ainsi que Lise Marie et plusieurs de ses camarades se sont intéressés au mouvement des Cigales. « On a organisé un “Café débat“ avec Marie Thérèse Taupin, présidente des Cigales d’Ille et Vilaine. À l’issue de cette réunion, nous nous sommes dit “pourquoi ne pas créer nous même une cigale?“  mais en dehors du MRJC, ouverte à d’autres jeunes. »

 

Aussitôt dit, aussitôt fait. Le club “Yawankiz war ar maez“ est né en mai 2008. Sept autres membres ont rejoint les neuf fondateurs issus du MRJC. « Chaque adhérent contribue au fonds d’investissement à hauteur de 45 € par trimestre. Dès que l’on a disposé d’une somme significative, nous avons recherché et sélectionné un porteur de projet. » Fin 2009, le club participe, à hauteur de 5 000 €, au financement de « Dame Nature  », une épicerie de produits bio-équitables, à Chateaubourg, près de Rennes.

 

« Pour chaque projet  nous désignons deux parrains, précise Lise Marie. Ils sont chargés d’accompagner et de conseiller le porteur de projet. » En effet, l’apport du club Cigales ne se limite pas au simple financement. « Il faut tout faire pour donner au porteurs du projet des chances de réussir.» 


Un retour d'investissement d'un autre type

Bien sûr l’engagement de Lise Marie et de ses camarades est militant, altruiste, généreux. Mais elle tient aussi à relativiser, ou plutôt à en préciser le sens. « Nous n’attendons pas d’intérêt financier, mais le “retour sur investissement“ au plan personnel n’en est pas moins grand. Dans l’échange, tout le monde trouve son compte : on apprend beaucoup de choses sur l’économie, la gestion d’entreprise. D’autre part, on dynamise notre environnement de vie. On expérimente une autre manière de gérer l’argent. Et tout ça est très concret : nous savons de quoi nous parlons et nous agissons en conséquence

 

D’ailleurs Lise Marie pense que cette expérience sera très utile pour lancer son propre projet d’entreprise : «Rencontrer des porteurs de projets, ça bouleverse les choses. On en parle beaucoup avec mon compagnon. Nous réfléchissons à un projet de boutique de fleurs sous forme coopérative mais pas forcément bio.  Et qui sait? On sera peut-être soutenu par les Cigales… »
 

 
Alain Jaunault

 







1.Posté par Jean Francois Audren le 28/04/2011 21:05
Je pense que ce type d'investisseur est l'alternative à une économie basée dangereusement sur les principes bancaires eux même très tributaires des jeux spéculatifs.

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​Peste moderne

Pas de pesticide pour elle. Apparue en Occident par un mélange de productivisme et d'argent fou, devenue rapidement un fléau planétaire, la pac, la peste agrochimique, est d'autant plus redoutable qu'elle a, avant d'empoisonner les agriculteurs et ouvriers qui la côtoient ou contaminer la chaîne alimentaire de la terre à l'assiette, infecté gravement les esprits. Pour les paysans qu'elle a sortis de la misère il y a un demi-siècle, elle reste une croyance exploitée sans vergogne par des prêcheurs mercantiles qui les poussent à surproduire avec l'appui de la FNSEA, cet étrange syndicat qui détruit ses propres adhérents, et celui de l'Union européenne qui s'est toujours couchée jusqu'ici devant le monstre Bayer-Monsanto et autres  empoisonneurs. Contre la peste agrochimique et les multiples maux des industries cyniques, un seul traitement : une double dose massive de mouvement citoyen et de courage politique. Il en existe des stocks inemployés.

Michel Rouger

19/10/2017

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