Moyen-Orient

Le web, l'arme des Tunisiens


21/01/2011

Les Tunisiens, après la chute de Ben Ali, continuent de vivre la révolution en cours au rythme des informations et des débats sur le Web.




«La Tunisie fut le premier pays arabe qui a aboli l'esclavagisme en1848. Le premier pays arabe qui a eu une constitution en 1861. Le premier pays arabe qui a aboli la polygamie en1956. Le premier  pays arabe qui a légalisé l'IVG en 1973. La Tunisie est le premier  pays arabe qui a dit  "Dégage" à son Dictateur.»  Ces mots, lus au hasard des profils Facebook de Tunisiens, exprime très largement le sentiment de fierté qui habite le peuple tunisien depuis le vendredi 14 janvier, date de la «vraie indépendance».

«URGENT !!! URGENT !!!»

Facebook est le coeur de cette Révolution 2.0, la première du genre dans l'Histoire. Face à la dictature et à la répression qui ont sévi jusqu'au 14 janvier en Tunisie, face à la censure, pendant que l'opposition était pourchassée et laminée, c'est sur Facebook que le mouvement est né, s'est coordonné, a progressé. Et aujourd'hui, c'est encore via le réseau social, entre autres, que les Tunisiens font circuler l'information.

Les vidéos des manifestations, les photos des victimes, les appels à l'aide ont fleuri sur la toile. «URGENT !!! URGENT !!! Le village KEN (route de Bouficha, km 85) est en train d'être saccagé. On n'arrive pas à joindre l'armée ou une chaine de télé pour donner l'alerte. Faites-le SVP», voici le genre d'alerte que l'on trouvait sur Facebook après la chute de Ben Ali au milieu de vidéos montrant des arrestations de proches du pouvoir par l'armée.

Fierté et inquiétude

Maintenant, alors que l'accès à internet n'est plus contrôlé, tout continue de circuler sur Facebook. Il y a toujours les appels à manifester; c'est là aussi que les mouvements des miliciens du RCD (le Rassemblement Constitutionnel Démocratique, fondé en 1988 par Ben Ali) ainsi que ceux des forces spéciales de la police, toujours fidèles au désormais ancien régime, sont répertoriés et suivis.

Malgré l'excitation du moment, la fierté de vivre cet événement historique, les Tunisiens ont également des inquiétudes en particulier face aux exactions des groupes de miliciens qui cherchent à semer le chaos. «Je reste chez moi pour protéger la maison car les policiers sont partis, les prisonniers tentent de s'évader de prison mais il y a surtout les criminels de l'ancien régime qui forcent les maisons, volent et saccagent tout», explique ainsi Yassine, 23 ans, diplômé mais chômeur, comme beaucoup, et qui vit à Bizerte, la grande ville de la côte nord.

«Notre Révolution est belle et nous voulons la protéger»

«Nous avons formé des groupes de défense pour ne pas laisser les bandes mafieuses détruire notre pays, et pour l'instant ça marche même si ce n'est pas facile. Notre Révolution est belle et nous voulons la protéger»,  ajoute de son côté Darine, jeune femme de 25 ans, qui vit à Tunis.

Car la difficulté est que l'armée ne peut pas être partout. Celle-ci assure avant tout la sécurité des points stratégiques, tente d'organiser la traque aux bandes armées et principalement aux forces de sécurité, recherchant sur les toits la présence d'éventuels snipers par exemple. Mais les petites villes ou villages, ainsi que certains quartiers sont laissés sans surveillance. D'où la nécessité de s'organiser pour les habitants.

Sur Twitter comme sur Facebook, les messages ont peu à peu évolué, suivant avec une rapidité impressionnante l'évolution de la situation. Durant la journée décisive du 14 janvier, les photos de manifestants présents devant le ministère de l'Intérieur, avenue Bourguiba, les articles de la presse mondiale, les images de télévision circulaient, permettant à chacun de suivre les événements en quasi temps réel.

Arrestations filmées

Dans les jours qui ont suivi, l'ouverture du net ordonnée par l'ex-président Ben Ali a permis aux Tunisiens de découvrir de nouveaux outils de l'internet 2.0, en particulier les sites d'hébergement de vidéos, Dailymotion et YouTube, avec de nombreuses images de faits se passant partout dans le pays.

Les plus prisées sont sans nul doute les vidéos d'interpellations de miliciens du RCD ou de membres des forces d'élite de la police. Sur certaines d'entre elles on peut voir que ces arrestations ont parfois été faites par des habitants, qui livrent leurs prisonniers à l'armée. Parfois les soldats sont entourés d'une foule nombreuse au moment où ils arrêtent une personne. 

Les réactions sont souvent vives, les militaires doivent reculer avec leurs prisonniers qui sont la cible de jets de pierre et d'insultes. Ces hommes, qui contrôlaient un quartier ou un village, qui étaient les informateurs de la police, concentrent depuis vendredi toute la haine que les Tunisiens peuvent avoir pour l'ancien régime.

Twits et blogs

Quant aux aspirations des Tunisiens, elles sont claires. «J'espère que nous réussirons à instaurer un système démocratique dans lequel toutes les couches sociales pourront tirer bénéfice du  développement économique et social de notre pays», explique Darine.

Et là encore c'est sur internet qu'elles s'expriment avec force. Aux travers des célèbres twits, ces courts messages écrits sur le site de micro-blogging Twitter, les Tunisiens réagissent en temps réel aux tout derniers événements. Appels à la dissolution du RCD, critiques suite à l'annonce du gouvernement où la continuité a pris le pas sur la rupture, volonté de maintenir la pression populaire, à longueur de twits (des dizaines chaque minute) l'état d'esprit des jeunes Tunisiens s'affiche. 

L'audition de Michèle Alliot-Marie à l'Assemblée Nationale, en particulier suite à ses propositions d'aide de la police française pour le maintien de l'ordre, était elle aussi suivie quasiment en direct.

Les blogs sont devenus également de vrais sites d'information. S'ils n'étaient dans un premier temps pas accessibles aux Tunisiens de l'intérieur, du fait de la censure, ils ont tout de même été dès le début un relais indispensable vers l'extérieur pour l'expression de la frustration tunisienne. A travers de nombreux articles, partage de vidéos et photos, d'opinions, des sites tels que Nawaat de Tunisie sont devenus des reflets de la pensée tunisienne, et d'indispensables sources d'informations pour les médias européens.

Le laboratoire du cybermilitantisme

La Révolution Tunisienne (ou la Révolution de jasmin, comme elle a été surnommée par un bloggeur local, mais là encore le web tunisien débat pour nommer au mieux cet événement historique) est devenue en quelques jours le laboratoire du cybermilitantisme, un modèle qui sera très certainement repris et suivi dans de nombreux pays où internet est le seul espace de relative liberté. 

Elle donne également aux régimes autoritaires une justification très concrète de la nécessité qu'ils ont d'en contrôler encore plus strictement l'accès. Dans tout cela, les populations et les gouvernements des autres pays arabes semblent en tout cas en première ligne.

Erwann LUCAS.





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Manuel Valls s'était engagé à soutenir le vainqueur de la primaire : c'est non, il va voter Macron. François Fillon avait déclaré qu'il ne serait plus candidat s'il était mis en examen ; ben non, je reste. Telle est la parole aujourd'hui de deux anciens premiers ministres rêvant de devenir chefs d'État. Le déshonneur assumé, revendiqué même au nom de l'intérêt supérieur de la Nation quand il ne s'agit que d'intérêt personnel : rebondir en tuant enfin le PS pour l'un, se mettre à l'abri de la justice pour l'autre. De quoi favoriser un peu plus les paroles extrêmes, les mensonges de Marine Le Pen, les bons mots de Jean-Luc Mélenchon. D'inciter les électeurs à rester silencieux le 23 avril. De laisser pour de bon la démocratie sans voix.

Michel Rouger

30/03/2017

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