Justice / Inégalités

L'ex-détenu soutient les familles devant la prison


27/11/2011

A Vezin-le-Coquet, à la lisière de Rennes en Ille-et-Vilaine, le centre pénitencier est voisin de la maison associative Ti Tomm où les familles de détenus sont accueillies avant d'aller au parloir. Ancien détenu, Daniel Hamon est bénévole au sein de cette association indispensable pour le bon fonctionnement de la prison.




L'ex-détenu soutient les familles devant la prison
Les ondes de choc du marteau du juge, scellant la sentence d'un individu, font des dommages collatéraux. Des familles fragilisées se trouvent ainsi comme condamnées, elles aussi, à la prison. A Rennes, afin de pallier cette marginalisation, la maison Ti Tomm est située en face du centre pénitencier, déménagé en 2010 en périphérie de ville. Cette association joue un rôle capital dans la création de lien social entre les familles elles-mêmes qui ont la prison en commun et en horreur.

Vocabulaire, règles de conduite, procédures, les bénévoles de Ti Tomm introduisent de nouveaux repères aux familles en offrant écoute et réconfort autour d'un café. Roulant les r à la bretonne, Daniel Hamon est un bénévole humble, par son écoute et sa bonhomie. Discret sur son passé mais déclarant « n'avoir rien à cacher », Daniel est un ancien détenu politique.

Militant actif pour le FLB (Front de Libération de la Bretagne), il est condamné à trois ans de prison pour avoir participé à un attentat dans le château de Versailles en 1978. Alors marié et père de deux enfants en bas âge, il sait toute la difficulté et la souffrance de sa femme d'assumer travail et enfants autour de la prison. Il connait l'ambiance métallique de la prison, les parloirs et les familles déchirées. En 2001, il apprend qu'une maison associative s'ouvre afin d'accueillir les familles, il décide d'y être bénévole.

« Ti Tomm en breton, c'est la maison chaleureuse »

En 2010, la prison pour hommes a déménagé du centre-ville à la lisière de Rennes, à Vezin-le-Coquet. L'association suit. Serrant ses mains usées par le travail de la terre, Daniel regrette le charme et la convivialité de l'ancienne maison : 

« On était locataire de cette maison là et on avait des subventions. La maison était de la ville de Rennes, il y avait des allocations, avec plusieurs organismes qui financent mais on était chez nous, si on veut. Ti Tomm en breton, c'est la maison chaleureuse. (…) Des femmes venaient à 10 h pour un parloir à 14 h et restaient jusqu'à 17h ! Moi je m'occupais du jardin, j'avais les clés, j'avais un détenu un jeudi tous les 15 jours qui venait donner la main. Tandis qu'ici... ». Ti Tomm investit une nouvelle maison que les bénévoles personnalisent avec accord formel de la direction de la prison pour chaque détail.

Dehors, un jardin clôturé, cloisonné, sans ouverture possible est destiné aux enfants de détenus. « On fait passer la tondeuse à travers la maison », fait remarquer Daniel, « au début, on devait être à l'intérieur de la prison. » L'ancien militant s'y oppose farouchement car s'il y a des émeutes, tout est bloqué, personne ne sort. Le regard droit, il s'exprime avec énergie et pragmatisme.  « Ils voulaient la mainmise sur tout. Ils voulaient mettre des caméras mais il n'y a pas de détenus ici ! Ils veulent tout voir, tout entendre. Pour ça qu'on s'est battus quand même ».

Calmer l'anxiété des personnes dont le proche est incarcéré aide au bon déroulement des séances de parloir. L'association crée aussi des liens forts entre familles marginalisées. « Il y a des familles qui tiennent absolument que leur mari ou leur fils prenne un café ici après leur libération parce qu'elles leur parlent de Ti Tomm  ».
L'ex-détenu soutient les familles devant la prison

Une femme lit un journal dans la pièce à vivre, son fils est pris en charge par une baby-sitter bénévole. Le téléphone sonne, Daniel explique que « la prison appelle en disant "Envoyez nous le parloir de telle heure" » . La femme et son fils se dirigent vers l'entrée de la prison. Le ballet de femmes et enfants ne s'arrête jamais, il a fallu doter la maison Ti Tomm d'un abri pour poussettes.

En comparaison avec cette prison d'hommes, Daniel remarque qu' « à la prison des femmes, beaucoup n'ont pas de visite.» Les femmes représentent 3,6% de la population carcérale. Leurs raisons d'incarcération sont différentes et souvent plus graves.  « Pour les hommes, les femmes suivent, elles sont fortes », reconnaît Daniel comme un hommage à sa femme. Le regard posé sur une femme qui se dirige vers la prison, Daniel fait remarquer qu'un auvent d'entrée est nécessaire pour l'attente d'ouverture de la porte de prison mais qu'« ils s'en foutent».

L'ex-détenu soutient les familles devant la prison

« La prison n'arrive pas qu'aux autres »

« Les gens qui n'ont pas fait grand chose se retrouvent en prison, la prison n'arrive pas qu'aux autres », explique Daniel en notant que des rencontres en prison peuvent être fatales. « T'es là pour quoi, toi ? Oh bah j'ai piqué un vélo. Combien? Un mois. Un mois pour un vélo ? Oh, faut pas t'emmerder, faut piquer les BM ! Moi, j'ai pris 3 semaines ! » La détention isole davantage si la famille rejette le détenu. « Tu rencontres du monde en prison qui te donne une adresse, t'es accueilli, on te sert à manger, t'as besoin d'argent de poche, et un jour...Tiens tu pourrais amener ça là bas, etc. Et voilà, c'est parti. » 
 
La prison de Rennes a été déplacée car elle était devenue inadaptée devant la recrudescence de condamnés. C'est un grand bâtiment dont seuls deux pans de murs de l'entrée sont peints en lilas, où trois poteaux de lampadaires sont subtilement peints en bleu, blanc, rouge : cette prison se présente comme moderne et exemplaire. Quitte à sacrifier un peu d'humanité.

« Le tout sécuritaire, ça tient pas debout son truc, à Sarkozy. On les a mis en prison, donc les gens sont tranquilles. Ce qu'ils ignorent, c'est que quand ils vont sortir ça va être pire ». Daniel rêve d'une prison « comme une commune, avec une usine, une école car souvent, ils ne savent ni lire ni écrire, il faudrait une privation de liberté, enfin je ne sais même pas. (…) C'est politique donc il faut une réponse politique. »

Photos : Christophe Lemoine 
Texte : Violette Goarant








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​Peste moderne

Pas de pesticide pour elle. Apparue en Occident par un mélange de productivisme et d'argent fou, devenue rapidement un fléau planétaire, la pac, la peste agrochimique, est d'autant plus redoutable qu'elle a, avant d'empoisonner les agriculteurs et ouvriers qui la côtoient ou contaminer la chaîne alimentaire de la terre à l'assiette, infecté gravement les esprits. Pour les paysans qu'elle a sortis de la misère il y a un demi-siècle, elle reste une croyance exploitée sans vergogne par des prêcheurs mercantiles qui les poussent à surproduire avec l'appui de la FNSEA, cet étrange syndicat qui détruit ses propres adhérents, et celui de l'Union européenne qui s'est toujours couchée jusqu'ici devant le monstre Bayer-Monsanto et autres  empoisonneurs. Contre la peste agrochimique et les multiples maux des industries cyniques, un seul traitement : une double dose massive de mouvement citoyen et de courage politique. Il en existe des stocks inemployés.

Michel Rouger

19/10/2017

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