Vu, lu, entendu... Citoyenneté / Libertés

L'amateur de politique à l'ère numérique


22/11/2012

Dans son ouvrage "le sacre de l'amateur", Patrice Flichy consacre un chapitre entier aux "amateurs et la citoyenneté". On trouve là des clés de lecture intéressantes pour comprendre dans quel mouvement s'inscrit l'engagement et le formidable travail des amateurs de politique s'exprimant sur la toile,comme Bernard Gonel. Ces "experts de l'en bas", comme les appelle aussi Patrice Flichy. Voici quelques "morceaux choisis".




L'amateur de politique à l'ère numérique
Patrice Flichy, professeur de sociologie à l'université Parie Est, Marne la Vallée, dans son ouvrage "Le sacre de l'amateur, sociologie des passions ordinaires à l'ère numérique" rend compte de la "révolution silencieuse" que nous vivons avec « la montée en puissance des amateurs, ces passionnés qui ne sont ni des novices, ni des professionnels, mais de brillants touche-à-tout. Grâce à l’informatique et au web participatif, ils ont investi tous les aspects de la culture contemporaine.. »
Selon l'auteur« Cette démocratisation des compétences contrebalance l’élitisme de nos sociétés et prolonge la démocratisation politique et scolaire que nous connaissons depuis deux siècles. Un nouveau règne s’annonce, qui brouille toutes les frontières : celui du pro-am(professionnel-amateur), citoyen-acteur, expert autodidacte, créateur à part entière. »

Nous conseillons la lecture de ce court (98 pages), très lisible et passionnant ouvrage - édité au Seuil, dans la collection "République des idées ".
Vous pouvez aussi écouter l'interview de Patrice Flichy sur France Culture, du 11 Juin 2010. 26' pour introduire la lecture du livre.


Voici quelques "morceaux choisis" du chapitre consacré à l'engagement politique.
 
 
 
 

Les amateurs et la citoyenneté

« De même que les pratiques artistiques amateurs ont ouvert le champ de la culture, de même l'activité politique amateur étend le domaine de la citoyenneté. Elle se manifeste par la production d'opinions et la participation à ces nouvelles agoras que sont la blogosphère et les forums en ligne. L'amateur de la chose publigue est un citoyen qui veut s'informer par lui même, exprimer ouvertement son opinion, développer de nouveaux modes d'engagement. Il se méfie des experts spécialistes et n'accorde pas toujours sa confiance aux représentants qu'il a contribué à élire. On est ici au cœur de la démocratie d'interaction  » (réf Pierre Rosanvallon ).

« De nombreux amateurs se situent dans une sphère autonome de production d'informations et d'opinions. Ils écrivent pour eux et quelques lecteurs... D'autres amateurs, au contraire, revendiquent leur position de citoyen concerné par un évènement, une question précise... Il veulent dénoncer des projets politiques, chercher à convaincre, rallier à une cause. On est ici dans le registre de la résolution de problèmes publics, alors que les premiers étaient dans celui du témoignage et de la sociabilité.  »
 
 
 
 

L'engagement "affranchi"

« Internet prend place dans l'activité politique. Plus profondément, il s'inscrit dans une transformation de l'action politique des citoyens. Selon jacques Ion, on est passé d'un engagement affilié (aux grands réseaux, aux grandes organisations politiques, syndicales) à un engagement affranchi. Le nous minuscule qui regroupe des individus singuliers, motivés par la dimension personnelle de leur action, a remplacé le nous qui réunit des acteurs anonymes et leur impose un mode de visibilité particulier. La parole individuelle s'est substituée à la parole collective exprimée par des porte-parole dûment mandatés.  »

« Jacques Ion observe également une autre modalité de l'engagement affranchi : le fait que l'action politIque ou citoyenne ne nécessite plus la présence simultanée des militants. Ces organisations, tel Amnesty international, fonctionnent sans coprésence physique, en utilisant au maximum le courrier et le mail... »
 
 
 
 

« Cette nouvelle action politique s'inscrit dans la "contre-démocratie étudiée par Pierre Rosanvallon qui voit dans internet "un espace généralisé de veille et d'évaluation du monde". Dans le cadre de l'action politique des amateurs, la contre démocratie prend toutefois des formes un peu différentes. A coté des deux registres de la veille et de la dénonciation, on peut en voir apparaître d'autres : celui de la construction du sens et de la conviction.  »


Morceaux choisis par Alain JAUNAULT
 
 
 
 










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Le billet de la semaine

Notre Dame de France

Etouffant le ramdam, le Président a remballé le statut de Première Dame promis à sa mariée lors de sa chevauchée printanière vers le pouvoir. Brigitte (qui n'a d'ailleurs jamais prétendu au rôle d'un Philip d'Edimbourg, le grand consort anglais) va seulement voir sa Maison étoffée, plus de gens, un super standard peut-être. Pour un emploi familial, tapez 1. Un voisin bruyant, tapez 2. Un chat perdu, tapez 3. Etc. Mais pourquoi donc une Première Dame ? En Allemagne, l'époux d'Angela Merkel cultive un anonymat farouche : le rôle, il est vrai, n'est pas fait pour les hommes. Concrètement, la République n'a-t-elle pas ses médiateurs, ses serviteurs ? Pourquoi les Français, pour réveiller une administration parfois ensommeillée, devraient-ils compter sur l'oreiller de la Moitié ? En fait, il y a là, bien sûr, plus qu'un service rendu. Un symbole. Celui d'un peuple de sujets plus que de citoyens.

Michel Rouger

09/08/2017

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