Vu, lu, entendu... Amériques

Grand'Anse mise sur l'éducation


12/04/2012




Juliette, une des fondatrices du centre
Juliette, une des fondatrices du centre
A une quarantaine de kilomètres -mais une heure et demie d'une piste cabossée- à l'est des Abricots, se trouve le chef-lieu de Grand'Anse, Jérémie, un port endormi dont les jolies maisons mal entretenues laissent entrevoir la richesse passée, quand la ville vivait du commerce du café.

 C'est dans le lycée de jeunes filles de la ville que s'est installé il y a huit ans le Centre Numa Drouin, des noms de Louis Numa et de Louis Drouin, assassinés sous l'ancien dictateur Duvalier. Né aussi d'initiatives citoyennes comme le Paradis des Enfants, le CND est un centre culturel parmi les plus importants d'Haïti. «Nous possédons aujourd'hui la seconde bibliothèque du pays», aime à souligner Juliette Nicolas, l'une de ses fondatrices.

Cette élégante femme brune a grandi à Jérémie, la « ville des poètes », d'où sa famille est originaire. Elle est partie poursuivre ses études, puis travailler, à Port-au-Prince avant de revenir dans sa ville natale en 1999 et d'y déménager définitivement en 2000. Aujourd'hui propriétaire d'une auberge, elle partage son temps entre Jérémie et Port-au-Prince, ainsi qu'entre ses activités professionnelles et associatives. A ce titre, Numa Drouin est déjà « un travail à temps plein », dit-elle d'une mine réjouie.

Un vrais centre de ressources

Dans les locaux du Centre où l'atmosphère est studieuse, plus de 5.000 ouvrages et une quinzaine d'ordinateurs sont à disposition des quelque 1.200 membres à jour de leurs cotisations et une dizaine d'animateurs qui se succèdent du mardi au samedi.

«Nous assurons une formation à l'outil informatique, nous organisons des conférences, de la formation aussi en matière de santé, d'hygiène publique et personnelle, de sensibilisation au Sida.... Nous cherchons à faire profiter nos membres de la moindre opportunité qui se présente. Nous travaillons par exemple actuellement à mettre en place des sessions qui permettraient aux jeunes de suivre des formations de haut niveau via internet », explique Mme Nicolas.
Les lycéennes à la bibliothèque Nouma Drouin
Les lycéennes à la bibliothèque Nouma Drouin

Etudier, loin de la capitale

A terme, grâce à ce système, il s'agit de permettre à un certains nombre de jeunes de Grand'Anse de rester à Jérémie pour poursuivre des études de haut niveau, vers la maîtrise ou le doctorat, sans devoir partir à Port-au-Prince. La capitale a beau n'être qu'à environ 250 kilomètres, il faut au minimum, quand tout va bien, compter au moins sept heures, en partie sur une piste dangereuse déjà en saison sèche, pour y parvenir.

Là aussi, au centre Numa Drouin comme au Paradis des Indiens, malgré des budgets modestes, les incertitudes liées au financement constituent une épée de Damoclès. «Nous sommes affiliés à la Fokal, le principal centre culturel d'Haïti, situé à Port-au-Prince, qui participe à notre financement à hauteur de 15.000$, pour un budget total annuel de 25.000$ » détaille Juliette Nicolas. Le reste du budget est complété par des subventions aléatoires.

Sans compter qu'il faut pouvoir répondre à tout type d'imprévu. Exemple parmi d'autres: les toilettes du lycée qui héberge le centre étaient dans un état tellement déplorable qu'elles en étaient devenues pratiquement inutilisables. Elles ont finalement été remises en état grâce à des aides financières obtenues par des contacts établis dans le but de faire fonctionner le CND....

Car ici, il faut toujours compter sur ses propres forces et, surtout, ne rien attendre de l'Etat.   «On ne peut pas compter sur l'Etat haïtien. Il n' a ni les moyens, ni la volonté de faire les choses » s'emporte Juliette Nicolas.


Erwann Lucas







1.Posté par joelle le 16/04/2012 08:46
Merci pour ces éclairages sur Haïti et toutes ces initiatives qui permettent l'accès à l'éducation, la culture et aussi le reboisement des forêts .
On voit bien l'importance du monde associatif et le souci continuel de la recherche de fonds .


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Humanité

Pas de malentendu : quand on parle du ministre de l'Intérieur Gérard Collomb, on ne dit pas Colombe, on dit Colon. Pensez à « mon colon ». C'est ce qu'il préfère. Pour preuve, le langage musclé qu'il a adopté à Calais le 23 juin et qui a atterré les bénévoles secourant les migrants. Aux « conditions de vie inhumaines » dénoncées par le défenseur des droits, Jacques Toubon, le ministre Collomb répond par plus de police et de rapidité dans les dossiers (sous-entendu de renvoi). L'homme qui, du haut de ses 70 ans fêtés le 20 juin, lors de la journée mondiale des réfugiés, illustre ainsi le rafraîchissant renouvellement de la politique, n'est pas un insensible. On se souvient de la larme perlant sous son œil droit à la cérémonie d'intronisation du jeune Macron. A Calais, il a perçu mieux que quiconque « l'humanité » des policiers face aux migrants dont on connaît, a-t-il badiné, « la douceur légendaire ». Pour affermir l'humanité promise par Emmanuel Macron, les policiers affectés à Calais vont donc passer de 450 à 700. Il leur arrivera de taper mais après tout c'est humain.

Michel Rouger

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Nono



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