Éducation

Françoise, la maîtresse, a la passion de l’école


05/09/2013

« Il faut donner du sens à l’école », affirme Françoise Bescond. Portée par ce qui est sa passion « depuis toute petite », la directrice de l’école du Ruisseau Blanc, à Férel  dans le Morbihan, agit et « ça bouge » !




Françoise, la maîtresse, a la passion de l’école
Fille d’éducateur et d’enseignante, Françoise est intarissable sur l’école élémentaire et l’expérience qu’elle en a : « Je suis née à Quimper. J’y ai effectué toute ma scolarité. J’ai eu de la chance avec des enseignants qui donnaient aux élèves le goût d’apprendre, même si je n’ai pas de souvenir d’instituteur modèle, car j’en ai plein ! Je n’ai jamais eu l’image de l’école « classique ». Il est vrai que je suis allée dans une école Freinet : j’aimais son ouverture, la musique, les arts plastiques et aussi le contact avec les autres. Plus j’en faisais, plus j’étais contente ! »
 
Du collège, aussi, elle parle avec enthousiasme : « La Tour d’Auvergne a été dans la continuité de l’école : plein de profs fantastiques, de nombreux projets, des journées à thèmes. »
 
Pour le lycée, elle est plus mitigée : « Plus d’autonomie mais aussi d’individualisme, du travail sans grande ouverture au dehors, du « bachotage ». Je n’ai pas perdu pour autant ma passion d’apprendre. » 

Françoise, la maîtresse, a la passion de l’école

Brillante et passionnée par les autres

Après l’obtention d’un bac avec mention, Françoise s’inscrit en fac de Physique à Brest et y passe brillamment sa licence, mais elle « n’accroche pas » et se pose la question de l’après. Ses enseignants lui conseillent de tenter « Centrale », mais elle décide de réfléchir : « J’étais très scientifique, mais déjà très engagée dans le milieu associatif. Le rapport aux autres était essentiel pour moi, alors j’ai pensé à l’enseignement. En creusant un peu je me disais que je ne me voyais pas comme prof à enseigner une seule matière : j’avais envie d’interdisciplinaire. »
 
Françoise s’est déjà collée au « métier d’encadrant », très vite elle fait un lien : « J’avais des heures de vol dans ce domaine : je connaissais bien les autres milieux sociaux que le mien puisque, titulaire d’un BAFA avec qualification voile, j’encadrais depuis des années des jeunes de banlieue ; je travaillais aussi en équipe dans le centre nautique. Tout ça m’a confortée dans l’idée d’enseigner et, en particulier, en école primaire : on a une assez grande liberté dans les classes mais il faut se tenir à la page sur tout, on est dans la construction de citoyens, les enfants grandissent avec nous… »
 
Pour une étudiante brillante, ce choix aurait pu être difficile, ça n’a pas  été le cas : « Mes parents sont très ouverts. A ce moment-là, ils m’ont dit : "Tu sais à quoi tu t’attends, sur l’investissement en temps, l’aspect financier, mais c’est à toi de voir." Alors je me suis lancée. J’ai rempli un dossier pour l’IUFM et j’ai demandé une bourse. »
 
 Françoise fait l’IUFM de 1993 à 1995 et puis c’est le grand bain !

D’entrée de jeu, une direction d’école !

« Le choix d’une direction d’école ne me faisait pas peur. Lorsqu’on m’a proposé celle de Férel, j’ai tout de suite accepté. » Très vite, il faut monter un projet d’école. Françoise s’appuie alors sur sa formation toute neuve, sur son expérience… et part à la découverte de Férel.
 
« J’ai eu une grande chance : il y avait deux collègues qui étaient là depuis plus de quinze ans. Ca m’a aidé à connaître l’histoire du lieu, à prendre la température, à ne pas faire d’erreurs avec les familles. 
 
L’école avait alors trois classes et l’école privée en avait cinq. La rumeur disait que l’école publique était moins bien,  je n’étais pas habituée à ce type de discours qui n’a pas cours dans le Finistère : un défi à relever ! »

Françoise, la maîtresse, a la passion de l’école

« Les enfants ont plein d’idées et savent être acteurs »

« J’avais envie de monter des ateliers, de travailler sur la pédagogie de projet qui permet de rebondir à partir de l’erreur : ce n’est pas grave de se tromper si on peut réagir et, comme je suis plutôt scientifique, je souhaitais être sur des démarches qui autorisent les hypothèses et le tâtonnement et questionnent sur le sens de ce que l’on a appris. Les enfants ont toujours plein d’idées et savent être acteurs et actifs. L’enseignant doit se contenter du rôle de chef d’orchestre pour faire passer les compétences et montrer l’intérêt d’apprendre.  
 
Je voulais aussi nouer des liens importants avec « l’extérieur » : avec les parents, car le lien famille/école me semble important, et avec le terrain. Pour les parents, j’ai vite constaté qu’ils partaient tôt et rentraient tard avec, bien souvent, peu de temps pour regarder les cahiers… alors j’ai pensé à les impliquer autrement et, très vite, l’école s’est naturellement ouverte : parents et grands-parents se sont pris au jeu du travail avec l’école pour parler de leurs métiers, ouvrir leur porte pour montrer des objets personnels, etc. Maintenant, ils entrent sans souci dans l’école et donnent de bons coups de main. Ils osent même dire leurs craintes et, parfois, ce qu’ils ont personnellement mal vécu avec l’école. Pour le milieu  local, j’ai découvert un tissu associatif fort, des élus très présents. »

 
La dynamique est lancée !

Françoise, la maîtresse, a la passion de l’école

« L’école doit montrer les possibles et répondre aux attentes »

Depuis lors, Françoise continue à accueillir les familles qui inscrivent leurs enfants pour échanger sur les attentes réciproques. Le projet d’école a muri : il répond, bien sûr, aux instructions officielles mais surtout aux besoins des enfants et insiste sur l’accès à la maîtrise de la langue, l’individualisation des parcours et l’ouverture de l’école sur le monde.
 
« Je souhaite qu’à leur sortie de l’école les élèves aient une image claire d’eux-mêmes quant à leur maîtrise ou non des différents domaines, mais aussi qu’ils aient acquis des manières d’apprentissage. On rencontre ici, comme ailleurs, deux sortes d’élèves : ceux qui possèdent une culture familiale solide et les autres, et il y a de sacrés écarts qu’aujourd’hui le système éducatif ne maîtrise plus toujours bien. 
 
Quand l’école peut permettre un vécu commun et à des enfants en difficulté d’être en réussite sur des projets, c’est bien.  Alors ici, on privilégie les échanges, on investit le milieu de vie des enfants et on les rend acteurs de leur scolarité, on leur apprend la critique et l’analyse dès le premier cycle. Il y a des classes à multiniveaux et chaque jour les enfants pratiquent une activité physique. On s’appuie aussi sur tout ce qui est possible à l’extérieur : on a un partenariat énorme pour faire des choses et partager ensemble. »


Françoise, la maîtresse, a la passion de l’école

Les activités foisonnent et les parents participent ! 

Aujourd’hui, autour du projet d’école, les activités foisonnent : on fait du sport,  on organise des rallyes historiques, des défis technologiques avec les parents, on jardine, on chante, on danse, on voyage, on participe aux manifestations locales, et on écrit même des romans ! (Voir la vidéo et le document PDF ci-dessous)
 
L’amicale des parents d’élève est fortement investie pour soutenir ces activités : elle organise de nombreuses manifestations, du vide- grenier au marché de Noël…  et  apporte aujourd’hui plusieurs milliers d’euros par an dans la caisse de l’école.
 
Un projet est en construction qui va concerner toute la population, des plus petits aux personnes âgées. Il s’agit  d’un projet sur le livre qui va mobiliser des brigades de lecture dans les commerces locaux.  Et, dans l’école de Férel qui en a séduit plus d’un puisqu’en 8 ans elle a vu tripler le nombre de ses classes, on va bientôt s’y atteler !
 
« Parfois, on doute, on se sent fatigué. On se demande pourquoi on fait tout ça, mais on a la réponse tout de suite quand un élève vous dit, comme cela a été le cas après le spectacle que l’on a monté sur la tolérance : "Françoise, je crois qu’on les a convaincus". » 
 
Dominique Crestin
Photos et vidéos : Marie-Anne Divet


 

« Avant, on ne se respectait pas dans la classe »



Un polar à Paris






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​Peste moderne

Pas de pesticide pour elle. Apparue en Occident par un mélange de productivisme et d'argent fou, devenue rapidement un fléau planétaire, la pac, la peste agrochimique, est d'autant plus redoutable qu'elle a, avant d'empoisonner les agriculteurs et ouvriers qui la côtoient ou contaminer la chaîne alimentaire de la terre à l'assiette, infecté gravement les esprits. Pour les paysans qu'elle a sortis de la misère il y a un demi-siècle, elle reste une croyance exploitée sans vergogne par des prêcheurs mercantiles qui les poussent à surproduire avec l'appui de la FNSEA, cet étrange syndicat qui détruit ses propres adhérents, et celui de l'Union européenne qui s'est toujours couchée jusqu'ici devant le monstre Bayer-Monsanto et autres  empoisonneurs. Contre la peste agrochimique et les multiples maux des industries cyniques, un seul traitement : une double dose massive de mouvement citoyen et de courage politique. Il en existe des stocks inemployés.

Michel Rouger

19/10/2017

Nono