Europe

En Grèce, les ouvriers de Vio.Me sauveront-ils leur usine ?


17/01/2014

Ils sont 38, seulement 38, perdus au milieu de toutes les victimes du naufrage social de la Grèce. 38 ouvriers ordinaires et uniques aussi. Leur usine, Vio.Me, est comme une île de l'utopie au milieu d'une mer d'impuissance. C'est la seule usine autogérée du pays. Makis, Aleksandros et leurs compagnons luttent depuis maintenant plus de deux ans.




En Grèce, les ouvriers de Vio.Me sauveront-ils leur usine ?
9 h, dans la périphérie de Thessalonique. La zone industrielle s'éveille doucement. Trop doucement. Visiblement, le travail manque. Au bout d'un chemin caillouteux, un parking désert donne sur un grand portail métallique. Le silence écrase les lieux. Derrière ce portail, prospérait jadis l'entreprise du bâtiment Viomichaniki Metaleftiki (Vio.Me). Les camions sillonnaient la grande cour. Maintenant, sous les hauts silos encombrant le ciel, quelques silhouettes vont et viennent

Makis Anagnostou
Makis Anagnostou

« Les céramiques de l'aérogare de Dubaï viennent d'ici »

À la porte d'un atelier, dans son tee-shirt rouge, Aleksandros résume : « Il y avait en fait trois usines. L'usine-mère faisait des tuiles ; la seconde était spécialisée dans la faïence et la céramique de décoration ; et ici,  la troisième fabriquait des colles et enduits. Les affaires marchaient bien. Les céramiques décorant l'aérogare de Dubaï viennent d'ici : toutes les semaines, un avion faisait le trajet... »

Tapi dans un hall près des silos, un poste de commandement survit. Les armoires électroniques clignotent toujours. « Elles datent de 2006, raconte Makis Anagnostou en faisant la visite. En 2008, la direction a même encore investi… avec l'argent de l'Etat. On pouvait traiter cinq-cents tonnes de produits secs par 24 h. » 

La casquette et la barbe fournie de Makis Anagnostou sont devenues familières en Grèce et au delà. Il n'a pourtant pas l'âme d'un chef, surtout pas ! « Ici, tout le monde décide. » Oublions le chef, Makis Anagnostou est l'âme de Vio.Me.  Précisément depuis 2006. « La pression était trop forte, l'encadrement autoritaire, nous avons créé un syndicat. » Personne ne se doutait alors qu'il faudrait affronter bien pire qu'un petit despote.

Aleksandros
Aleksandros

Février 2013 : ils lancent leurs savons et lessives

En mai 2011, une nouvelle foudroie l'usine : plombée par une dette refilée par la maison-mère, Vio.Me ferme. Du jour au lendemain, sans explication. « Les propriétaires, la famille Filipou, ne sont jamais venus depuis », indique Aleksandros. À la fin de l'été, 38 ouvriers occupent l'usine pour empêcher le déménagement des machines, préserver l'avenir. 

Ils n'ont alors pour vivre, après s'être battus, que 360 € d'indemnités, et pour un an seulement. Pour briser le statu quo et tout en continuant à réclamer les salaires qui leur sont dus, ils décident, en juillet 2012, de prendre le contrôle de l'usine. Avant de franchir l'hiver suivant un nouveau cap : en février 2013,  ils relancent la production. Des produits Vio.Me passent de nouveau le portail, à l'unité.

« Comme nous ne pouvions pas acheter de matière, nous avons changé de produit, explique Aleksandros en marchant vers leur petit atelier de fabrication. Nous sommes passés à des produits ménagers non pas bios mais toujours fabriqués à base de produits naturels comme l'huile d'olive. On expérimente aussi des savons antiseptiques à la camomille », ajoute-t-il. Et de brasser un mélange fumant avec un collègue.

« D'abord mettre du pain sur la table familiale ! »

Les savons, lessives et autres détergents de l'usine autogérée partent sur les marchés de vente directe qui ont fleuri en Grèce, vers les réseaux militants et autres circuits de solidarité : les Vio.Me, sans statut, ne peuvent pas vendre évidemment sur les circuits normaux. « L'objectif, c'est d'abord de mettre du pain sur la table familiale ! », sourit Aleksandros et ce n'est pas gagné : ils peinent à retrouver les 360 € de leurs indemnités passées. Heureusement, la solidarité leur fournit aussi de l'aide directe, en nourriture par exemple.

Un autre objectif, pour l'instant, est atteint : « Maintenir l'activité pour ensuite repartir ». Il en est un troisième : « Donner l'exemple  ». Aucun "autre Vio.Me" n'est encore apparu en Grèce mais les ouvriers de Thessalonique circulent dans le pays pour témoigner, notamment leur porte-parole Makis Anagnostou. 

En Grèce, les ouvriers de Vio.Me sauveront-ils leur usine ?

« Nous aidons les travailleurs à penser les choses autrement »

Nous nous sommes attardés sur le quai où une grande table et des chaises en plastique accueillent les débats des travailleurs de Vio.Me, en particulier le vendredi. « Quand on dit à à un ouvrier, " Tu peux prendre part aux décisions", il comprend qu'il a une valeur, insiste-t-il ; dans le syndicat, on s'apporte les uns les autres, chacun sait quelque chose. »

Les 38 de Vio.Me « organisent eux-mêmes la production et sentent qu'ils ont comme une réponse à la destruction, nous faisons un travail d'éducation, nous aidons les travailleurs à penser les choses autrement », poursuit Makis Anagnostou dont le visage toujours en mouvement se fait alors rêveur. Souvent, son regard s'interroge, parfois ses traits se creusent. Les soucis ne manquent pas : les impayés qui s'empilent, les autorités toujours sourdes Mais la lutte des Vio.Me a un sens, ils ont aussi des camarades de tous pays avec eux et peut-être même l'Histoire.

« L'usine Zanon, en Argentine, qui fabrique les mêmes produits, a mis dix ans à revivre », rappelle Aleksandros. Les 38 de Vio.Me partagent leur lutte avec les 77 Fralib près de Marseille. Makis Anagnostou se réfère à une autre histoire, qui a marqué le mouvement ouvrier grec. Elle se passe à Ambelákia, dans la plaine de Thessalie : « En 1780, les travailleurs de la soie et du coton ont décidé de s'organiser. Leur coopérative a si bien marché qu'ils ont racheté leur liberté à l'occupant ottoman. ». Si des ouvriers grecs ont pu se libérer du joug turc, il est sûrement possible de ne plus être asservis par les financiers…

Michel Rouger
(Photos Marie-Anne Divet)





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​Hollanderie

Ça, c'est une vraie hollanderie, dira-t-on un jour. Le terme, expliquera Wikipedia, s'apparente à autodestruction. C'est détruire l'instrument de son pouvoir. Il fait référence au politicien François Hollande, Président de la République (2012-2017), resté dans l'Histoire pour avoir détruit le Parti Socialiste durant son mandat. Onze ans chef du PS (1997-2008) – un record – il incarne aussi l'opération collective de laminage qui a précédé : en économie, la justice sociale sacrifiée à la gestion du libéralisme ; en politique, la bataille démocratique des idées verrouillée au profit de la course aux places. En 2012, sitôt élu Président, il a trahi logiquement ses promesses sociales et appelé près de lui un jeune conseiller libéral, Emmanuel Macron. Lequel, intelligent et ambitieux, l'a lui-même trahi et conquis les bébés PS, jeunes ou déjà vieux, prompts à sentir le vent tourner. Les purs socialistes ont alors entrepris de construire un programme social et écologiste mais il a fallu attendre dix ans, lira-t-on sur Wikipedia, pour que la gauche revienne au pouvoir en battant aux élections de 2027 la droite dure FN-LR et le parti centriste LRM épuisé d'illusions perdues. 

Michel Rouger

21/06/2017

Nono



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