Justice / Inégalités

Des luttes paysannes à Parkinson, les défis d'Auguste


04/03/2015

Un corps de ferme, joliment arrangé, dans le centre du bourg. Le temps est exécrable. Auguste Pousset ouvre sa porte. Il tremble un peu. Si peu... Pas question pour lui de subir cette foutue maladie de Parkinson. Jamais d'ailleurs il n'a subi, Auguste Pousset.




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La grande salle de séjour s'est endormie la retraite venue. Mais Dieu sait si Auguste Pousset y a discuté, milité, travaillé. Une vie de combat et de curiosité. En fait, plusieurs vies.  Jeune, il était parti pour être prêtre. Normal, quand on est fils de paysans bretons et l'aîné de huit enfants. Mais bien des vocations et des soutanes s'envolèrent alors vers un ciel plus bleu, poussées par l'esprit de mai 68 qui soufflait déjà. 

Le jeune Auguste a donc filé vers la fac de Lettres. Lors de la fameuse année 68, il est étudiant mais aussi... paysan : il revient à la ferme familiale aider son père asthmatique. Les études, dans un premier temps, s'affirment supérieures à la terre et Auguste, licence de Lettres et de Linguistique en poche, devient professeur de Français. Il se marie, sa vie semble tracée. Et soudain, elle bifurque. « Besoin d'aller voir ailleurs », confie-t-il. 

Cet ailleurs, ce sont les entreprises. À 26 ans, le jeune prof repart sur les bancs de l'école, en IAE (Institut d'administration des entreprises). Mais la terre est décidément la plus forte : Auguste Pousset revient déposer tout son bagage de connaissances dans la ferme familiale qu'il va faire évoluer, passant de la production laitière à l'élevage de moutons et de lapins. Il travaille en GAEC avec son frère, rachète le corps de ferme, le prof est devenu paysan.

« J'écrivais de plus en plus petit »

Son bagage de connaissance et son insatiable curiosité sont aussi au service des autres. Au syndicat, la Confédération paysanne, Auguste est l'intello. Il replonge avec appétit dans les livres pour mieux armer ses collègues dans leurs combats contre les firmes d'aliments qui imposent des contrats iniques aux éleveurs. À la maison, après le boulot, il se documente, bossant jusque tard dans la nuit. 

Dans le même temps, Auguste Pousset est démangé par une technique en train de tout révolutionner : l'informatique. Alors, au bout d'une quinzaine d'années d'élevage, il bifurque de nouveau : il part se former sur les logiciels au CESI, l'organisme pionnier de la formation d'ingénieur en alternance. Dans la foulée, il trouve un poste à Angers à une grosse centaine de kilomètres de chez lui où il revient seulement le week-end.

Six années passent. Auguste Pousset découvre alors qu'il va devoir relever un nouveau défi, plus grand que tous : « En prenant des notes, j'écrivais de plus en plus petit, ensuite ma main droite n'avançait plus. » Il se renseigne, les neurologues confirment : « Vous démarrez un parkinson. » Parkinson ? Auguste Pousset se souvient aussitôt de ses épandages autrefois dans les champs.  « J'ai manipulé des produits toxiques, un désherbant total aujourd'hui interdit. Un jour, un coup de vent m'en a même mis plein la figure... »

Des luttes paysannes à Parkinson, les défis d'Auguste

Un double combat : la santé et l'emploi

« Je me suis dit "Ou je mets la tête dans le sable ou j'affronte" », poursuit-il. Nous sommes en 1995. Auguste Pousset a 48 ans. Habitué à évoluer, il choisit de partir en Congé individuel de formation (CIF) pour devenir directeur de maison de retraite. Mais l'emploi ne suit pas, il est contraint de refaire la route d'Angers quatre ans encore. Il tente de nouveaux postes sans succès. Auguste Pousset découvre cette fois le chômage. Le chômage qui se prolonge. En 2002, il est en fin de droits.

Sa vie est devenue un combat sur deux fronts, l'emploi et la santé. Il se documente sur Parkinson pour « contrôler le neurologue, ne pas être empoisonné, les médicaments masquent les symptômes, c'est un cercle vicieux. » Durant plusieurs années, il parvient à prolonger ce qu'on appelle chez les parkinsoniens « la lune de miel ». Il contrôle. 

La maladie, donc, ne se perçoit guère chez tous ceux qu'il croise dans ses contrats aidés : d'abord à l'ANPE en Contrat emploi solidarité (CES), ensuite  au GRETA où il enchaîne CES, CEC (Contrat d'emploi consolidé) et CDD. Quand il part en retraite en 2007, à 60 ans, il contrôle toujours la maladie. L'année d'après, la « lune de miel » se termine : il faut augmenter les doses.

Auguste Pousset a tout son temps désormais pour chercher ce qui peut maîtriser le mal. Sa curiosité l'avait déjà entraîné vers  la médecine ayurvédique : «  Je savais qu'elle traite cela depuis 6 000 ans par une plante, la mucina pruriens. » Tout est là : trouver la plante favorisant la production de dopamine, dont l'insuffisance provoque une mauvaise communication entre les cellules nerveuses.

Des luttes paysannes à Parkinson, les défis d'Auguste

« J'ai repris goût à la vie »

Il existe une substance reconnue mais qui ne parvient pas à s'imposer dans le milieu médical français : la nicotine. En janvier 2009, Auguste Pousset découvre un article du Nouvel Observateur soulevant la question « de l'omerta sur la nicotine pour le traitement d'Alzheimer ». Il découvre en même temps qu'un neurologue de l’hôpital Henri-Mondor de Créteil  l'utilise dans le traitement de la maladie de Parkinson.

Imperturbable, Auguste Pousset s'enfonce dans le maquis de la recherche médicale. « Il faut être plus pointu que les gens d'en face. » Les gens d'en face, c'est le lobby de l'industrie pharmaceutique dont les médicaments des quelque 150 000 parkinsoniens français nourrissent les bénéfices. 

Au début 2012, il ajoute à ses traitements habituels des patchs de nicotine aux doses prescrites par le neurologue de Créteil.  « Ça a stoppé le développement de la maladie. Dans mon entourage, on a été surpris : je me suis mis à marcher plus normalement. J'ai repris goût à la vie. Depuis, je n'ai plus augmenté les médicaments classiques. »

C'est dire si Auguste Pousset, 67 ans aujourd'hui, continue de se battre. Avec les armes, la doc et la ténacité, que le paysan syndicaliste employait jadis contre d'autres firmes. En juin 2014, on l'a vu partir à Paris en covoiturage, pour cause de grève SNCF, porter une pétition de 1 300 signatures au ministère de la Santé. 

En décembre, il a lancé l'association ANN, Association Neurothérapie et Nicotine. Ils sont une grosse demi-douzaine à l'animer. « On va proposer des ateliers pour travailler dans diverses directions. Pour demander l'autorisation de mise sur le marché, au moins une RTU, Recommandation temporaire d'utilisation, qui permettrait le remboursement. » L'adresse de l'association : pknico@yahoo.fr

Michel Rouger




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​Peste moderne

Pas de pesticide pour elle. Apparue en Occident par un mélange de productivisme et d'argent fou, devenue rapidement un fléau planétaire, la pac, la peste agrochimique, est d'autant plus redoutable qu'elle a, avant d'empoisonner les agriculteurs et ouvriers qui la côtoient ou contaminer la chaîne alimentaire de la terre à l'assiette, infecté gravement les esprits. Pour les paysans qu'elle a sortis de la misère il y a un demi-siècle, elle reste une croyance exploitée sans vergogne par des prêcheurs mercantiles qui les poussent à surproduire avec l'appui de la FNSEA, cet étrange syndicat qui détruit ses propres adhérents, et celui de l'Union européenne qui s'est toujours couchée jusqu'ici devant le monstre Bayer-Monsanto et autres  empoisonneurs. Contre la peste agrochimique et les multiples maux des industries cyniques, un seul traitement : une double dose massive de mouvement citoyen et de courage politique. Il en existe des stocks inemployés.

Michel Rouger

19/10/2017

Nono