Différences

Autour de Ludovic, la solidarité olympique de Rouez-en-Champagne


11/02/2016

Rouez-en-Champagne, une bourgade d'à peine 800 habitants nichée dans les Alpes Mancelles, dans la Sarthe. En 2008, Ludovic Robidas, enfant du pays, se retrouve unique licencié du club sportif. Il s'engage alors dans une histoire de solidarité qui ne le lâchera plus. Aujourd'hui, le Club olympique rouézien affiche 330 adhérents et 23 disciplines. Labellisé « club sport santé », il peut délivrer du sport sur ordonnance. Le secret ? Se jouer des a priori et des différences…




Photo (de g. à d) : Paul Melot, Ludovic Robidas  et Michaël Rousseau.
Photo (de g. à d) : Paul Melot, Ludovic Robidas et Michaël Rousseau.
L'histoire de l’association sportive de Rouez-en-Champagne, au début, ressemble à bien d’autres… En 1974, c’est un club de foot. On s’y retrouve pour les entraînements, les matchs du week-end et les compétitions. En 1987, une salle de sports est construite. Mais la commune se vide de ses habitants. Au fil des ans, le club perd joueurs et bénévoles ; bientôt il doit quitter la compétition puis entre en léthargie : en  2008, c'est la liquidation. 

Alors, Ludovic Robidas bat le rappel  : « J’ai mobilisé les derniers adhérents et nous avons décidé de repartir, mais sous une autre formule », raconte -t-il. Ensemble, ils lancent un club de loisirs, ouvert à tous, sans contrainte et à moindre coût. La formule plaît. Le nouveau club enregistre 60 adhérents la première année, 120 la deuxième…160 la quatrième. Et voilà que les dieux débarquent sur ce coin des Alpes Mancelles.

En 2010, la commune apprend qu'un riche homme d’affaires parisien, originaire de là, vient de léguer la coquette somme de 38 millions d’euros. « La condition, raconte le maire Paul Melot, était de construire des logements adaptés pour accueillir les personnes âgées aux revenus modestes. » C'est à la hauteur des engagements de l’équipe municipale. La commune, qui a connu des temps difficiles, notamment avec la fermeture de la laiterie qui employait une centaine de personnes, s’est peu à peu relevée. Quelques commerces et artisans se sont installés. Le centre départemental de formation des pompiers a redonné vie à l’ancienne friche industrielle. Tant et si bien que l’on revient s’installer à Rouez-en-Champagne.

Les jeunes sportifs autour de Mickaël Rousseau
Les jeunes sportifs autour de Mickaël Rousseau

Un éducateur sportif en fauteuil

Le défi sportif de Ludovic et ses amis correspond bien à l'esprit de la commune. « On a fondé notre projet sur le bien vivre ensemble, le service, l’humain et le respect », poursuit Paul Melot. Le bénévolat atteignant vite ses limites, le club lance en 2012 le recrutement d’un éducateur sportif. Parmi les dossiers proposés par Pôle Emploi, l’un retient l’attention : celui de Mickaël Rousseau, habitant d’une commune voisine, paraplégique à la suite d’un accident. « Peu nous importait qu’il se déplace en fauteuil, déclare Ludovic Robidas, il était compétent dans l’encadrement sportif et c’est ce qui comptait pour nous. »

Mickaël Rousseau est engagé et c’est avec une liste impressionnante de travaux à réaliser qu’il revient de la visite médicale d’embauche ! Une étude ergonomique est alors réalisée avec le soutien du Sameth 72 et de l’Agefiph (1) puis le poste est aménagé. Il manque 3 200 € pour doter Mickaël d’un fauteuil de sport. Une souscription volontaire est lancée. En quinze jours, le club sportif récolte la somme nécessaire. Rapidement adopté par les habitants, Mickaël encadre désormais les activités pour enfants et adultes. 

« Le regard a changé, observe Ludovic. Avec Mickaël, nous avons découvert les contraintes du handicap au quotidien mais en même temps que nous rendions accessible son environnement, nous favorisions aussi l’accueil de toutes les personnes en situation de handicap. » C’est finalement tout le vieux gymnase qui est rendu accessible aux personnes à mobilité réduite : « Nous voulions que tout le monde trouve sa place au sein de notre club ». Pour le maire Paul Melot, « beaucoup de difficultés ont été résolues en sollicitant notre intelligence collective. Nous avons toujours privilégié l’humain et le service. Sans le COR, tous ces aménagements n’auraient pu être réalisés, faute de budget. »

Elans de générosité

Les élans de générosité s’enchaînent. Un nouvel appel à projet est lancé pour rendre accessible les trois salles de sport, situées à l’étage du gymnase. Le COR est lauréat des Trophées de la vie locale du Crédit agricole, remporte le premier prix à l’échelon départemental puis à l’échelon régional. Un film, diffusé dans l’ensemble des caisses régionales, suscite de nombreux votes de soutien de la part des sociétaires. Il obtient ensuite le premier prix national de la solidarité des Mutuelles du Mans qui permet d’installer un élévateur pour accéder à l’étage. 

Toujours présente, l’Agefiph participe au financement de l’achat et de l’aménagement d’un véhicule adapté, équipé d’une boite automatique afin que Mickaël puisse le conduire : « Je me souviens qu’il fallait boucler le dossier à 16 h, raconte Ludovic. Nous sommes sortis de l’entretien à midi et il manquait encore 6000 € pour l’acquisition du camion. On a pris le téléphone et en deux heures, nous avions trouvé la somme manquante auprès de nos partenaires ! En deux ans, c’est un budget de 115 000 € que nous avons pu financer grâce à la solidarité, uniquement pour favoriser l’accessibilité des personnes en situation de handicap. »
 
Le club compte aujourd’hui 330 adhérents dont 20 en situation de handicap physique, mental et sensoriel. Une centaine d’entre eux réside sur la commune, les autres sont issus des trente-six communes voisines. Tous les lundis, des personnes en fauteuil partagent des séances de sport avec les valides qui se mettent eux-mêmes en fauteuil. « Le but, confie Mickaël Rousseau, est de découvrir plusieurs sports, dans l’initiation et non pas dans la compétition, de partager des moments de convivialité. Nous faisons tout pour inciter les personnes handicapées, qui vivent en milieu rural, à pratiquer une activité sportive ».

Le sport plutôt que le médicament !

L’information fait vite le tour de la région et les demandes de personnes en situation de handicap affluent. Les démarches de ce type sont plutôt rares… Eve Attal, médecin généraliste et éducatrice sportive diplômée d’état, est séduite par l’initiative : « Elle nous a proposé d’encadrer une séance de remise en forme puis un cours de zumba. Nous avons vu des gens nouveaux s’inscrire au club. Elle nous a aussi rejoints pour proposer une activité sportive à quelques-uns de ses patients, en fragilité psychologique ou souffrant de maladie psychique. La dynamique insufflée par les personnes handicapées dans l’association a des effets thérapeutiques pour tous ». 

A l’issue des séances, le médecin est à la disposition des participants qui souhaitent discuter. « C’est une manière conviviale de parler de santé, en dehors du cabinet médical ». L’an passé, en février, le club est reconnu première structure régionale labellisée « Sport-santé » par le Conseil régional des Pays-de-la-Loire, l’Agence régionale de la Santé et le Comité régional olympique et sportif. Un mois après, l’association est déclarée à but d’intérêt général par le ministère des Finances. 

« Une séance de sport, c’est bon pour le moral »

Un réseau ne tarde pas à se constituer : une trentaine de médecins, ostéopathes, kinésithérapeutes, psychologues, diététiciens, cardiologues suivent la démarche. Les professionnels de la maison médicale pluridisciplinaire, basée non loin, à Sillé-le-Guillaume, apportent unanimement leur soutien à l’initiative. Ils sont autorisés à prescrire de quatre à vingt séances de sport aux accidentés ou aux patients souffrant de pathologies chroniques. 

Ils estiment, comme le rapporte Ludovic, « qu’une séance de sport, c’est bon pour le moral, surtout après un accident de la vie, et parfois plus profitable que des antidépresseurs ! » Ces séances sont gratuites et sans obligation de prendre une licence au club. D’autres professionnels, comme ceux du centre de rééducation de Parigné-l’Évêque et de la Maison d’accueil spécialisé de Sillé-le Guillaume, ont rejoint le projet.

Rayonnement à l’international

Le COR est aujourd’hui le seul club sportif en France ayant le droit de délivrer du sport sur ordonnance, il est aussi site pilote dans le cadre du projet de loi soutenu par le ministère de la Santé et des sports : « Nous accueillons désormais des patients en provenance de centres de réadaptation, d’établissements spécialisés ou de maisons d’accueil de jour. Nous accompagnons des personnes souffrant de pathologies chroniques comme le mal de dos, la dépression, le surpoids, les addictions... » 

En mai 2015, le club était invité à témoigner aux assises internationales FSGT du sport qui se tenaient à Marseille. « Des liens se sont tissés avec des représentants de délégations internationales, subjugués par ce qui se passe dans un petit village de Sarthe en milieu rural, témoigne Ludovic. On parle de nous en Corée du sud, au Congo, en Tunisie, en Italie, en Palestine, en Israël… En novembre dernier, le nouveau président de Région a commencé sa visite officielle chez nous. Nous venons de recruter un deuxième éducateur sportif. On vit vraiment une belle histoire ! »

Tugdual Ruellan

(1 ) Sameth 72,  service d'appui au maintien dans l'emploi des travailleurs handicapés, et l’Agefiph, Fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées





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Tous au régime, répètent les journaux. Pas pour nous aider à amincir des corps trop débordants l'été venu. Là, c'est trop tard. Non, le régime, c'est la métaphore préférée des médias pour rendre légers les choix brutaux des gouvernants. Au "régime", ou à la « "diète", les collectivités locales, l'État, la Sécu. Ou bien, pour changer : L'État "réduit son train de vie", "se serre la ceinture". Etc. Trop gras, trop gros, que fondent tous ces milliards en trop ! Bien sûr, les médias pourraient titrer sur les victimes de ces régimes à répétition, les mal soignés, les mal logés. Sur les firmes privées qui font du gras sur des services jusqu'ici gratuits. Ou encore sur les immenses besoins non satisfaits. Eloignés du réel, ils soutiennent au contraire par de doux euphémismes les idéologues de l'impôt allégé et de la diète publique.

Michel Rouger

20/07/2017

Nono



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