Vu, lu, entendu...

Alison Lapper, la « Venus » de Trafalgar square


03/09/2012





Alison Lapper, la « Venus » de Trafalgar square
Alison Lapper est une artiste britannique. Il y a dix ans, elle a mis au monde son fils Parys. Une maman extraordinaire qui veut, pour tous les humains, une vie ordinaire.

Dans la première vidéo, accompagnée d'une explication en français, nous suivons Alison dans sa démarche de maternité. Dans la seconde vidéo, elle nous parle de sa vision du handicap. Le texte joint est la traduction en français.
 
 

« Jamais je n'aurais cru avoir un bébé »

C'est un jour comme les autres chez les Lapper. Parys joue au Play Doh avec sa mère Alison. 
« Est-ce que tu veux que je fasse avec toi ? Comment veux-tu que je m'y prenne ? » demande Alison
« Avec ton menton » Ainsi va la vie pour Alison et son fils.

Trafalgar Square - Londres - septembre 2005. Un grand moment dans leur vie à tous les deux : l'inauguration de la sculpture la représentant enceinte. Parys réclame l'attention de sa mère, cible de tous les photographes.

En 1999, Alison se débrouille complètement seule. Elle est une artiste reconnue qui vit sur la côte sud de la Grande Bretagne.

Le projet d'avoir un bébé la terrifie. A sept mois de grossesse, elle a perdu de sa mobilité. Ce qu'elle faisait facilement est devenu vraiment difficile. Elle a besoin d'aide. Pour cela, elle emploie Stacy, une jeune fille de 19 ans.

Elle qui était parvenue à l'autonomie, est à nouveau dépendante et elle le vit très mal. « Cela m'a pris tellement de temps pour devenir indépendante et faire les choses par moi-même, c'est vraiment dur de laisser tomber. »

Handicapée depuis sa naissance, Alison n'était pas sûre de pouvoir avoir un bébé. En attendre un, la ramène à sa propre enfance, elle qui a été élevée dans des institutions avec d'autres enfants, sans parents. « Je ne pouvais bouger par moi-même, j'avais des membres artificiels, lourds et inconfortables. Ce dont je me rappelle le plus, ce sont tous ces gens qui me disaient ce qu'il fallait faire, même ce que je ne voulais pas. »

Maintenant, elle cherche par elle-même comment se débrouiller avec son bébé. Elle procède par essai et erreur. 

En janvier 2000, il est temps d'aller à la maternité. Elle a peur mais veut de toutes ses forces voir l'arrivée de son bébé. Parys fait 2,5 kg. « Jamais je n'aurais cru avoir un bébé un jour. C'est fabuleux. »
 
 

« Mon art politique est celui du corps »

« Bonjour, je m'appelle Alison Lapper et je suis belle d'une autre manière parce que mon corps est différent de celui des autres. Je suis née dans les Midlands de ma - évidemment - de ma mère. Elle ne m'a jamais vue et elle ne s'est pas donné l'autorisation de le faire. Je crois qu'elle pensait qu'elle avait mis au monde un monstre.

Dans les années 60, tout ce que disaient les docteurs, était parole d'évangile. Ainsi, j'ai été envoyée ailleurs, loin d'elle. J'ai été dans une institution. Je savais que nous étions différents mais parce que nous étions tous différents avec des besoins différents, des couleurs différentes, peu importe, nous étions tous comme cela. C'est seulement quand j'ai quitté l'institution que j'ai soudain réalisé « oh ! mais je suis vraiment "différente" ».

J'ai commencé à travailler avec les couleurs, le papier et les crayons vers l'âge de trois ans. Il y a un film de moi où on me voit avec mes crayons aux pieds. Ils essaient désespérément de les accrocher aux membres artificiels que je portais et je ne voulais pas. Ce qui reste inscrit dans ma mémoire, c'est quand je portais ces bras et que j'étais assise sur le sol, j'attrapais la poupée exactement de la même façon que j'ai attrapé mon fils bébé, 35 ans après. Et je trouve cela phénoménal parce qu'ils ont essayé de changer la façon dont je faisais les choses, en fonction des normes sociales.

La première fois que je suis allée dans une université pour personnes non-handicapées, je n'y suis pas retournée et la raison en était que j'étais énervée par les gens qui s'agitaient autour de moi, essayant de faire en sorte que mon chevalet soit à la bonne place. « Comment vas-tu prendre tes crayons ? Comment vas-tu te débrouiller toute seule ? » Et je me rappelle avoir été si embarrassée. Je pense que c'est une des toutes premières fois où j' ai réellement senti ce que c'était qu'être différent. Vous faites naître chez les gens un regard et un jugement. Il vous faut alors du cran pour retourner la semaine suivante.

Maintenant je suis une artiste, peintre pieds-et-bouche à temps plein, mon gagne-pain. Mon autre art, si vous voulez, mon art politique, est autour du corps : comment nous nous voyons, comment les gens le perçoivent-ils, comment les gens me voient-ils parce que je suis différente ? Comment est-ce que je les vois ? Et toutes ces questions auxquelles j'essaie de répondre.

Autre chose que les gens disent de moi : " Vous êtes la Venus de Milo des temps modernes " Je suis encore appelée handicapée mais je n'ai jamais entendu dire que la Vénus de Milo était handicapée et je ne veux pas avoir honte d'être différente. Pourquoi le serais-je ? Parce que la société ne veut pas voir les handicapés corporels comme des êtres complets ?  »






1.Posté par joëlle le 20/09/2012 12:23
Emotion, admiration, stupéfaction . Quelles qualités incroyables sont développées par cette femme pour réussir sa vie !


Dans la même rubrique :
< >






Donner un coup de main

Tout un chacun peut participer à Histoires Ordinaires. Proposer bien sûr des sujets de reportage et des informations pour la rubrique "Vu, lu, entendu" mais il y a aussi des tâches nombreuses, variées, aussi utiles qu'accessibles. Vous pouvez en trouver ici une liste. Ensuite il suffit de prendre contact avec la rédaction. 


Le billet de la semaine

Notre Dame de France

Etouffant le ramdam, le Président a remballé le statut de Première Dame promis à sa mariée lors de sa chevauchée printanière vers le pouvoir. Brigitte (qui n'a d'ailleurs jamais prétendu au rôle d'un Philip d'Edimbourg, le grand consort anglais) va seulement voir sa Maison étoffée, plus de gens, un super standard peut-être. Pour un emploi familial, tapez 1. Un voisin bruyant, tapez 2. Un chat perdu, tapez 3. Etc. Mais pourquoi donc une Première Dame ? En Allemagne, l'époux d'Angela Merkel cultive un anonymat farouche : le rôle, il est vrai, n'est pas fait pour les hommes. Concrètement, la République n'a-t-elle pas ses médiateurs, ses serviteurs ? Pourquoi les Français, pour réveiller une administration parfois ensommeillée, devraient-ils compter sur l'oreiller de la Moitié ? En fait, il y a là, bien sûr, plus qu'un service rendu. Un symbole. Celui d'un peuple de sujets plus que de citoyens.

Michel Rouger

09/08/2017

Nono



Webdoc "Les 11 de Saint Péran"