Différences

Alexandra Grévin, une avocate sur le front du handicap


30/04/2015

Elle traque les injustices colportées par les institutions, les ministères, l’Etat. Et n'hésite pas à saisir les tribunaux. La jeune avocate Alexandra Grévin se bat pour faire valoir les droits des personnes handicapées et de leurs familles. Et elle gagne !




Alexandra Grévin, une avocate sur le front du handicap
Ce jour-là, le tribunal du contentieux de l’incapacité (TCI) rend son verdict : la Maison départementale des personnes handicapées est condamnée. Contre le choix des parents, elle avait refusé le bénéfice d’une auxiliaire de vie scolaire et orienté un enfant en situation de handicap vers un établissement spécialisé, institut médico-éducatif. Alexandra Grévin vient à nouveau de gagner son procès.

Cette fois, c'est contre le groupement d’intérêt public qui représente le Département et l’Etat et qui, d'après la loi handicap du 11 février 2005, est pourtant censé agir dans chaque département « pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées »…

David contre Goliath ! « Je ne supporte pas l’injustice ! » lance la jeune et enthousiaste avocate qui a fait du droit du handicap son combat quotidien… plus encore, sa raison de vivre. « Mon objectif est toujours le même, annonce-t-elle sur son site :  défendre les personnes en situation de handicap et transmettre le droit, autant que possible, auprès des familles, des professionnels du handicap et des juristes. »

En ​mission humanitaire

Alexandra Grévin, 34 ans, est originaire de Picardie. Elle fait ses études de droit à Paris, prête serment le 1er mars 2005, puis intègre le Barreau de Montpellier. Là, à mi-temps pour un avocat et à mi-temps pour elle-même, elle s’intéresse au droit pénal, accompagne des couples en instance de divorce et défend des délinquants. « J’avoue m’être alors trouvée en déséquilibre par rapport aux valeurs qui étaient les miennes ! J’avais besoin que mon travail ait un sens. »

En 2006, elle profite de ses congés pour s’engager dans une première mission humanitaire pilotée par l’association Solidarités jeunesses… un ancien rêve d’étudiante. Pendant trois semaines, elle donne des cours d’anglais à de jeunes enfants thaïlandais : « Nous partagions leur quotidien et la vie du village. J’ai été bouleversée… Je crois que ce voyage a fait sens et de retour à Montpellier, j’ai souhaité prendre un nouveau cap professionnel. » D’autres missions suivront en Ukraine, au Laos…

Alexandra Grévin, une avocate sur le front du handicap

​Indignée de tant d’injustice

Peu de temps après, Alexandra rencontre des parents d’enfants porteurs d’autisme, réunis en association à Paris, et découvre en même temps, la multiplicité des obstacles contre lesquels ils doivent au quotidien faire face. Elle plonge dans les dossiers, s’immerge dans les tracas, met à jour d’innombrables dysfonctionnements pour finalement s’indigner de tant d’injustice. « Nous avions pourtant la loi handicap du 11 février 2005 ! Une loi extraordinaire parce que très ambitieuse, qui ouvre des champs innombrables d’expérimentation. »

Alexandra multiplie les rencontres. Partout en France, les mêmes difficultés assaillent les personnes handicapées et leurs familles. Alors, elle se forme au droit du handicap, une matière nouvelle qui se construit. Les professionnels qui osent s’y référer sont plutôt rares. Pas de master. Alexandra s’inscrit à l’université de Montpellier pour y passer un diplôme universitaire « Environnement juridique et social de la personne en situation de handicap ».

Son mémoire d’études, soutenu à partir d’une formation au droit du handicap, qu’elle a conçue et animée pour des parents, retient l’attention d’un membre de son jury. « Il trouvait ma démarche particulièrement innovante à l’époque et m’a suggéré d’écrire un livre. C’est un projet qui a mûri progressivement et finalement, l’ouvrage est paru, intitulé Droit du handicap et procédures » (*). Le guide accompagne le lecteur pas à pas dans toutes les procédures, donnant à chaque fois les solutions de recours en cas difficulté à faire valoir ses droits.

​Premières victoires

Le 1er mars 2007, elle s’installe à son compte. Rapidement le bouche à oreille fait le tour de France et les premiers dossiers lui sont confiés. La jeune avocate ose, saisit le tribunal et remporte ses premières victoires. Elle s’engage alors « à défendre les enfants et les adultes en situation de handicap dans le cadre de médiation ou de procédure judiciaire ». En face d’elle, les caisses de prévoyance et de santé, les caisses d’allocations familiales, les conseils généraux, les MDPH… le ministère de l’Education nationale !

Le 1er janvier 2013, Alexandra s’installe à Paris. Sans doute est-elle une des seules en France à se coltiner ce combat et ces ornières peu empruntées par ses confrères, loin des caméras et des scènes médiatiques. Alexandra reste proche des familles et des personnes confrontées à toute situation de handicap : « J’interviens dès qu’il y a dysfonctionnement, injustice, discrimination à cause du handicap. » Jamais au hasard. Alexandra épluche chacun des dossiers qu’elle accepte de défendre. En même temps qu’elle soutient une famille ou une personne dans la revendication de son droit, elle fait évoluer la matière juridique pour qu’elle fasse jurisprudence : « Je passe beaucoup de temps à étudier une demande et je suis devenue très sélective. Pour défendre un dossier, il faut y croire et jamais, je ne peux garantir le résultat. » 

Alexandra Grévin, une avocate sur le front du handicap

​Dépoussiérer les institutions

De prime abord, on la juge naïve, impertinente. Mais Alexandra arrive avec la loi sous le bras et très vite… on ne rigole plus ! « C’est sidérant de constater que nombre d’administrations, d’organisations sont dans la pure illégalité. C’est un peu un pavé dans la mare quand j’interviens et j’ai toujours l’impression de dépoussiérer les institutions. » Dans son bureau, c’est aussi un peu la « cour des miracles » comme elle se plaît à le dire. Parfois, comme par enchantement, un courrier rappelant les principes législatifs suffit à faire émerger la solution.

Alexandra court la France, avide de rencontres et de partage. Le 11 février dernier, elle était sur la scène du Liberté à Rennes –tout un symbole !- pour apporter son éclairage sur la « loi du 11 février 2005, 10 ans après… » Le 7 mars, elle était à Angers pour conseiller des familles sur le dossier MDPH de l'enfant ou l'adulte porteur d’autisme. Le 13 mars, à Valence, pour une conférence : « Mieux connaitre les droits des personnes porteurs d’autisme ». Six jours après, elle témoignait à Paris-La Défense lors du Forum emploi et handicap…

Son site internet est devenu une agora de justice : elle y met en ligne toutes les décisions et conclusions des procès qu’elle a remportés, hors ceux relatifs à l’assistance éducative qui se déroulent le plus souvent à huis clos : « Il s’agit de décisions rendues au nom de la justice française. Je les rends ainsi publiques pour aider des personnes confrontées aux mêmes situations. » 

Faire reconnaître le droit du handicap

En novembre 2010, Alexandra publie un nouvel ouvrage « Face à l’autisme » et réédite en 2013 son premier livre, déjà épuisé. Le temps qui passe la gonfle d’énergie ! Alexandra n’a rien perdu de cette joie de vivre qui la transporte. Forte d’un taux de réussite aux alentours de 70 %, elle rêve désormais d’un cabinet plus important, spécialisé dans le droit du handicap. « J’aimerais aussi, confie-t-elle, que cette matière droit du handicap soit reconnue par le Barreau et qu’il y ait un certificat d’officialisation, ce qui n’est toujours pas le cas aujourd’hui. Je souhaite surtout continuer à faire en sorte que le droit soit respecté. Je ne supporte décidemment pas de voir nos organisations mettre en place des procédures, foncièrement injustes et illégales… qui pourtant deviennent coutumières. »

Tugdual Ruellan

(Photos Studio Bontant)

Alexandra Grévin, Avocat au Barreau de Paris, a pour domaines de compétence : le droit du handicap et le droit de la famille. Elle se consacre, par l'intermédiaire de conférences, à faire connaître les droits des personnes handicapées. A ce titre, elle réalise de nombreuses interventions auprès d'associations de personnes handicapées et de professionnels du handicap. Elle participe également à de fréquentes missions humanitaires internationales qui l’ont amené à appréhender le sujet loin de nos frontières.

Alexandra Grévin est l'auteur de différents articles juridiques et de deux guides juridiques :

Droit du handicap et procédures, publié aux Editions du Puits Fleuri, en novembre 2009 et réédité en septembre 2013. Voir le sommaire

Face à l'autisme, publié aux Editions du Puits Fleuri, novembre 2010. Voir le sommaire

Plus d'informations sur le site www.alexandra-Grévin.com






1.Posté par LE PIED A L ETRIER le 22/10/2015 20:05
bonjour , nous sommes une jeune association basée à Montgeron pour l 'accès aux droits , dans cette démarche nous avons était à l 'initiative de la publication par la municipalité de Montgeron d' un guide d' accueil et de démarches pour les personnes en situation de handicap et leur famille

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​Peste moderne

Pas de pesticide pour elle. Apparue en Occident par un mélange de productivisme et d'argent fou, devenue rapidement un fléau planétaire, la pac, la peste agrochimique, est d'autant plus redoutable qu'elle a, avant d'empoisonner les agriculteurs et ouvriers qui la côtoient ou contaminer la chaîne alimentaire de la terre à l'assiette, infecté gravement les esprits. Pour les paysans qu'elle a sortis de la misère il y a un demi-siècle, elle reste une croyance exploitée sans vergogne par des prêcheurs mercantiles qui les poussent à surproduire avec l'appui de la FNSEA, cet étrange syndicat qui détruit ses propres adhérents, et celui de l'Union européenne qui s'est toujours couchée jusqu'ici devant le monstre Bayer-Monsanto et autres  empoisonneurs. Contre la peste agrochimique et les multiples maux des industries cyniques, un seul traitement : une double dose massive de mouvement citoyen et de courage politique. Il en existe des stocks inemployés.

Michel Rouger

19/10/2017

Nono