Alternatives

Alec Somoza, le conférencier provocateur


12/07/2013

Alec Somoza partage ses idées à travers une « conférence gesticulée » bizarrement intitulée « Colibri sur lit de prophéties, une recette pour changer le monde ». Vaste programme ! Ce spectacle, qui témoigne de sa quête et de ses désillusions, est en fait un appel adressé à lui-même et à nous tous : interroger nos certitudes et nos engagements.




Alec Somoza, le conférencier provocateur
Devant la terrasse du café où nous discutons, à Bruxelles, un papier est emporté par le vent :  « J'ai même la flemme de ramasser les bouts de papier qui s'envolent ». Ça commence bien ! Provocateur, Alec Somoza, qui ne veut surtout pas s'ériger en exemple, a arrêté d'être végétarien tout simplement parce qu'il aimait la viande. « Parfois, lâche-t-il, ça fait du bien d'en avoir rien à faire. »

32 ans, originaire de Caen, Alec Somoza a été animateur socio-culturel avant de se diriger vers des études de clown qu'il poursuit actuellement à Paris. Un jour, presque naturellement, il croise sur son chemin Franck Lepage  : le grand militant de l'éducation populaire est aussi, avec la Scop Le Pavé puis avec le réseau La Grenaille, un maître de ce théâtre politique qu'est la "conférence gesticulée". Lors d'un atelier animé par Franck Lepage, Alec Somoza rédige sa conférence « Colibri sur lit de prophéties, une recette pour changer le monde ». Celle-ci a déjà été joué une trentaine de fois en France et en Belgique. 

Alec Somoza, le conférencier provocateur

« C'est l'être humain qui est en danger »

Alec Somoza est à la fois très sensible aux problèmes écologiques qui touchent la planète et, en même temps, pour lui, le développement durable... n'est qu'un mythe : « Le développement durable c'est : "on peut changer le monde avec la démocratie et l'économie de marché". C'est un aménagement à la marge. C'est mettre un peu de plâtre dans les fissures. C'est comme si je te faisais visiter ma maison et une semaine plus tard je change les meubles et la peinture et je te dis que c'est une nouvelle maison. »
 
« Ça ne propose pas un vrai changement de société, de paradigme, de façon de voir le monde, accuse-t-il, il faut tout refonder. Le développement durable met l'accent sur des arguments tel que "il faut sauver la planète", mais si les gens s'investissent peu c'est parce qu'ils savent que la planète nous survivra. C'est l'être humain qui est en danger, physiquement et spirituellement. »

Bref, le développement durable est une « entourloupe » : pas le message lui-même mais la façon dont il est utilisé. Alec n'a pas peur de pousser sa critique à l'extrême : « La population a été prise en otage par les notions d'écologie. On ne peut pas être contre. Si tu es réticent, tu deviens anti-développement durable et t'es un con. Le pouvoir a uniformisé la pensée pour se l'approprier. »  

« Je me relève toujours et c'est ça qui est beau »

Tout en rigolant, il continue : « C'est très fort ! Pour finir, on se donne bonne conscience en triant nos déchets et en éteignant l'eau quand on se brosse les dents. Ok, c'est bien de le faire, mais le changement est ailleurs, il faut revoir quels sont nos besoins et notre rapport au temps et à l'argent. »
 
Pour faire passer ce discours fort dérangeant, Alec Somoza a donc choisi la conférence gesticulée. Celle-ci lui permet de faire passer ses idées en déculpabilisant son auditoire... et lui même.  Alec arrive sur scène. Le décor : une salle d'attente. Il est excité et impatient à l'idée de son rendez-vous avec un gourou. Depuis sa plus tendre enfance, il veut changer le monde. Mais comment faire ? Sa quête d'un guide spirituel va être émaillée de péripéties. 

Adolescent,  lui-même adorait Bob Marley et le mouvement rasta. Avec humour, il se moque de ce jeune adulte passionné par ses convictions mais légèrement crédule et utopiste. Qui n'a jamais rêvé de changer le monde ? Les déceptions idéologique du jeune homme attendrissent le public. « Celui-ci voit à cent mètres que je vais me casser la figure, commente-t-il, mais je continue et la chute est phénoménale. Je me relève toujours pour trouver autre chose et c'est ça qui est beau. »


Alec Somoza, le conférencier provocateur

Un outil d'éducation populaire

Sur scène, le confériencer, convaincu que la spiritualité est essentielle à l'être humain, est aussi un croyant. Et pas à moitié. Ses déceptions sont d'autant plus fortes. Mais il est fier d'une chose : il se relève toujours et avec plus de force. Pas d'essoufflement. Alec continue de réfléchir en parlant. Petit à petit, grâce à ces anecdotes, le public entre dans son monde. « Je veux montrer que c'est la quête, le processus qui est important », dit-il comme pour justifier sa naïveté exagérée. Ses critiques fusent : du reggae au voyage humanitaire en passant par le militantisme traditionnel, tous en prennent pour leur grade. Le public glisse inconsciemment du One man show à la conférence gesticulée. 

Pendant une heure trente, Alec jongle ainsi entre ce qu'on appelle dans le milieu le savoir chaud (basé sur les anecdotes et l'expérience) et le savoir froid (connaissances théoriques acquises par les lectures et les études). Avec la théâtralisation qui fait le sel de la conférence gesticulée, Alec grossit le trait pour renforcer son message.
Pour autant, il ne veut pas passer pour prétentieux : « Il ne s'agit pas non plus de dire moi j'ai compris, pas vous, faut faire ça. L'idée est d'expliquer où j'en suis et ce que j'ai compris. » Son objectif est véritablement de faire de la conférence gesticulée un outil d'éducation populaire. 

Alec Somoza, le conférencier provocateur

« Être pessimiste dans la pensée mais optimiste dans les actes »

Alec ne tient pas en place. Il craint la passivité. « On attend trop que les dirigeants prennent les décisions à notre place. Bien sûr, c'est super d'avoir le droit de vote mais c'est une mascarade. » Voilà de nouveau qu'il s'emballe. « Finalement, on fait tout à l'envers, c'est hyper clownesque. C'est tragicomique. Le budget mondial de la publicité suffirait à régler les problèmes de faim dans le monde. Si un extraterrestre descend sur terre il va halluciner. Les solutions sont simples, tout le monde les connaît mais ça dessert l'oligarchie. Qu'on arrête de se mentir et qu'on dise : on est délibérément des connards. » 
 
Alec, le révolté. Mais qui, malgré tout, garde espoir : « On est fataliste comme si on ne pouvait rien changer alors qu'on peut tout changer. Je n'ai pas de méthode sinon je serais prophète mais il faut qu'on se mette individuellement en marche vers nos idéaux. Il faut être pessimiste dans la pensée mais optimiste dans les actes. » Alec encourage donc les initiatives comme les squats auto-gérés, le troc, les habitats collectifs et les monnaies parallèles. 
 
« Il est plus intéressant de dépenser son énergie dans ce genre d'initiatives plutôt que d'être tout le temps contre tout, souligne-t-il. Il vaut mieux être pour. C'est d'ailleurs ce qui m'a gêné dans le militantisme traditionnel. Il faut s'émanciper de cette culture du négatif. » Derrière un discours apparemment destructeur, Alec voudrait faire disparaitre la peur, vecteur d'immobilisme individuel. Il lance d'ailleurs un appel à l'initiative individuelle à la fin de sa conférence dont il n'a pas choisi le titre par hasard. Alec Somoza tient lui aussi du colibri de l'histoire qui, goutte après goutte, combat pour sauver l'arbre en feu.
 
Marie-Axelle Richard







1.Posté par Catherine le 17/10/2015 14:23
Bonjour, super, jtrouve très chouette cette forme de communication artistico-militante... moi-même comédienne et engagée ça me parle évidemment. Par contre tu dis état de pensée pessimiste et action positives... là, je pense que la création vient d'abord de nos formes de pensées, et dire qu'allier l'action positive à la pensée créatrice optimiste et aussi positive est plus juste, à mon sens... bien à toi.

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Le billet de la semaine

​Hollanderie

Ça, c'est une vraie hollanderie, dira-t-on un jour. Le terme, expliquera Wikipedia, s'apparente à autodestruction. C'est détruire l'instrument de son pouvoir. Il fait référence au politicien François Hollande, Président de la République (2012-2017), resté dans l'Histoire pour avoir détruit le Parti Socialiste durant son mandat. Onze ans chef du PS (1997-2008) – un record – il incarne aussi l'opération collective de laminage qui a précédé : en économie, la justice sociale sacrifiée à la gestion du libéralisme ; en politique, la bataille démocratique des idées verrouillée au profit de la course aux places. En 2012, sitôt élu Président, il a trahi logiquement ses promesses sociales et appelé près de lui un jeune conseiller libéral, Emmanuel Macron. Lequel, intelligent et ambitieux, l'a lui-même trahi et conquis les bébés PS, jeunes ou déjà vieux, prompts à sentir le vent tourner. Les purs socialistes ont alors entrepris de construire un programme social et écologiste mais il a fallu attendre dix ans, lira-t-on sur Wikipedia, pour que la gauche revienne au pouvoir en battant aux élections de 2027 la droite dure FN-LR et le parti centriste LRM épuisé d'illusions perdues. 

Michel Rouger

21/06/2017

Nono



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