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« Solidarité, le sens d'une vie » : un film bientôt sur Julien Lauprêtre


23/03/2017

En septembre 2017 sortira sur les écrans un film documentaire sur une personnalité exceptionnelle : Julien Lauprêtre, le président du Secours Populaire. Les réalisateurs, Laurence Karsznia et Mourad Laffitte, expliquent pourquoi ils ont voulu retracer le destin de cet homme "visionnaire, libre, déterminé, charismatique", qui œuvre sans relâche à la tête du Secours populaire français depuis plus de 55 ans, "porteur infatigable des idéaux humanistes".




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« Solidarité, le sens d'une vie » : un film bientôt sur Julien Lauprêtre
Quel a été le point de départ du film ?

Voilà des années que nous côtoyons Julien Lauprêtre . Étonnamment, ce n'est pas en tant que président du SPF que nous l'avons rencontré mais en tant que Résistant. A l'époque, nous préparions notre premier documentaire sur la Résistance et nous souhaitions le témoignage du dernier à avoir rencontré Missak Manouchian avant son exécution. Naturellement, Julien nous a parlé de son engagement dans la Résistance, sa rencontre avec Manouchian et ses camarades, en prison mais  il nous a parlé plus particulièremet du bouleversement qu'avait suscité cette rencontre. 
Dans le même temps, il nous a « embarqués » dans la vie et l'engagement du SPF. 
Très vite, un lien plus personnel s'est tissé. Il a ainsi contribué à notre second documentaire sur la Résistance, nous a encouragés à faire le film sur 1936 et les vacances, nous a amenés à partager et soutenir les actions du SPF et puis surtout, nous a confié beaucoup de sa vie. Nous avons saisi que cet homme était beaucoup plus que le Président du SPF et qu'il fallait faire un film pour le raconter et lui rendre hommage.

Pourquoi maintenant ?

La période que nous vivons actuellement est douloureuse, souvent décourageante pour ne pas dire inquiétante. La misère, l'injustice, les discriminations de toutes les sortes, sont croissantes. Le fascisme est de retour etc. Pourtant dans ce marasme, la solidarité est plus forte que jamais. C'est pourquoi, il nous semble nécessaire de sortir maintenant ce documentaire qui parle non seulement d'un homme au parcours est exceptionnel mais qui donne du souffle à tous les possibles.

Que voulez-vous apporter avec ce film  ?

Tout le monde connaît le président du SPF, son enthousiasme, son charisme et son action en faveur de la  solidarité. Beaucoup de choses ont été déjà été dites, écrites, filmées. En revanche, peu connaissent la genèse de l'engagement de Julien. Ce film propose de mettre en lumière la cohérence de l'ensemble de sa vie, en revenant notamment sur des aspects plus intimes qui ont largement contribué à faire de Julien un « éveilleur de conscience ». Ainsi, son enfance et le rôle essentiel de ses parents (notamment son père), le gosse de 1936, le rôle « fondateur » de son engagement dans la Résistance, ses rencontres etc., le tout à partir de nombreuses archives et témoignages dont certains totalement inédits.

« Essayer de devenir de plus en plus humain et surtout de plus en plus déterminés »

Qu'est ce qui vous a le plus marqué chez Julien Lauprêtre ?

C'est une question difficile car tout est marquant chez Julien ! Reste que si on prend un peu le temps de réfléchir, c'est certainement sa fidélité : plus de neuf décennies marquées par de profonds bouleversements historiques qu'il a su accompagner et dépasser, en restant toujours fidèle à ses idéaux humanistes impulsés par sa famille, ses amis, ses compagnons. 

Comment résumez vous votre documentaire ?

Tout simplement en reprenant une phrase de Julien : « Il faut essayer de devenir de plus en plus sage, de plus en plus humain, de plus en plus généreux, et surtout de plus en plus déterminés. »  On peut aussi le résumer ainsi : découvrir Julien Lauprêtre, c'est faire l'expérience d'une rencontre rare et précieuse. Visionnaire, libre, déterminé, charismatique, il reste fidèle aux idéaux humanistes dont il est un porteur infatigable. 

Que pouvez vous nous raconter sur le tournage ?

Pour la réalisation de ce film, nous avons parcouru des milliers de kilomètres et fait de nombreuses rencontres, très souvent en compagnie de Julien. Toutes sont importantes mais nous avons en mémoire quelques temps forts. Ainsi, les retrouvailles de Julien avec un de ses camarades résistants. Ils ne s'étaient pas revus depuis novembre 1943 (juste avant leur arrestation respective) et pourtant, ils se retrouvés comme s'ils s'étaient quittés la veille ! De même, certains déplacements nous ont permis de partager avec Julien des instants inimaginables : retour sur les lieux de ses premières vacances en 1936 sur l’Île de Ré, une baignade sur une plage de l'Île de Groix... 
Tout n'apparaîtra pas dans le film mais l'ensemble de ces moments a rendu le tournage unique ! D'une manière générale, toutes les portes se sont ouvertes dès lors que nos interlocuteurs prenaient connaissance du sujet du film, facilitant grandement le tournage. Ça n'a pas toujours été le cas pour d'autres de nos films !

« Donner la parole à ceux que l'on entend trop peu »

Combien de temps a duré la réalisation ?

Quatre ans environ.

Avez vous déjà prévu des projections, des avant-premières ?
Oui. Le film devrait être projeté en avant-première en septembre prochain, à la fête de l'Humanité en présence de Julien et des amis du Secours populaire.

Comment êtes-vous devenus des réalisateurs aussi engagés dans toute votre œuvre ?  

L'un comme l'autre avons toujours été sensibles à certaines causes (les droits de l’Homme, la liberté de la presse, les demandeurs d'asile, les luttes sociales, le travail de mémoire... ) que nous avons sans cesse défendues à travers nos engagements professionnels, associatifs et syndicaux. Lorsque nous avons fait le choix de nous consacrer exclusivement à la réalisation de documentaires, nous avons poursuivi logiquement sur ces thématiques avec une préoccupation constante : porter un autre regard sur les maux et les luttes humaines pour donner la parole à ceux que l'on entend trop peu. 
Ce n'est pas toujours facile ( pour financer ou diffuser) car nous n'entrons pas particulièrement dans les cases institutionnelles mais nous pensons que la culture est « une arme d'instruction massive », nous sommes également déterminés à faire vivre nos projets.

Comment est né "Images Contemporaines" ?
Images contemporaines est née de la volonté de placer l’image au cœur d’une démarche d’éducation populaire en tant qu’outil de compréhension et d’émancipation, afin de d’appréhender différemment le monde d’hier et d’aujourd’hui. L’association s’appuie sur ses multiples réalisations pour montrer, donner la parole, se rencontrer, éveiller et contribuer à accoucher d’une nouvelle conscience collective. Cet engagement se concrétise par l’écriture, la réalisation et la production de films documentaires,  des projections, participation à des débats, rencontres, formations ; interventions auprès des publics scolaires, ainsi que des expositions photos.

Interview recueillie par Aline Grillon

Pour soutenir le film :
Un appel au financement participatif est en cours sur Ulule 
 

 Les deux réalisateurs

Mourad Laffitte a d'abord été journaliste et photographe de presse durant 20 ans avant de se consacrer à la photographie et d'exposer ses travaux. Il se lance ensuite dans la réalisation de documentaires  prolongement naturel de son travail photographique.

Laurence Karsznia, outre une formation d'animation socio-culturelle, a travaillé dans un service éducatif pendant 23 ans. C'est par sa pratique des arts vivants ainsi que ses responsabilités, rencontres et actions dans le milieu syndical et associatif qu'elle a rencontré Mourad et choisit se consacrer à la réalisation (et à l'administration d'Images contemporaines).

Avant ce documentaire sur Julien Lauprêtre, ils ont réalisé "Une jeunesse parisienne en résistance" ; "1936-2016 – Les vacances c’est pas du luxe, c’est un droit" ; "Liquidation".




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Le billet de la semaine

​Le mal des soignants

Un mal ronge le milieu de la santé : la violence sur les jeunes en formation. Un nouveau diagnostic révèle même un aggravation chez les futurs infirmier.e.s. Ils se déclarent stressés (78%), épuisés psychologiquement (62%), usagers parfois de psychotropes (27%) et pas seulement à cause du poids des études ou de la précarité qui les oblige à bosser : ils se disent aussi victimes de discriminations (36,5%), de harcèlement (33,4%)... Le milieu n'a jamais été d'une grande douceur mais l'austérité injectée à haute dose depuis des années a mis les soignants eux-mêmes sous tension. Le mal frappe à tous les étages mais le principal c'est que les comptes de la Sécurité Sociale, eux, se portent mieux. 

Michel Rouger

21/09/2017

Nono



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